Lectures (romans, antho, recueils...)

Par ici, mes avis sur mes lectures. Que ce soit les anthologies où je figure ou d'autres récits, tout se passera dans cette rubrique.

La statue de chair (Jean Rollin)

Numéro sept de la collection Les anges du bizarre, on y découvre l'histoire de Francis, veuf depuis peu, incapable de se remettre du décès de son épouse Isabelle. Il lui a aménagé, dans les sous-sols de son chateau, un cercueil de verre. Toutes les nuits, il la rejoint et se couche sur elle, mais ça ne lui suffit pas. Alors, il est prêt à tout pour retrouver son épouse, même à croire la petite sorcière celte Tùathà.

J'ai découvert cette courte collection (dix volumes) avec Enfer privé du même Jean Rollin, beaucoup apprécié. La ligne éditoriale (l'inhabituel, les inouïs, les sulfureux, les inclassables... Des romans noirs, des histoires fantastiques ou d'épouvante, des textes érotiques, littéraires ou populaires) me parlant, je ne voulais pas en rester à cette première lecture. Pour ma deuxième expérience, je suis repartie sur le même auteur. Un peu moins aimé que le premier que j'avais trouvé plus dérangeant. Ici, j'ai trouvé que les choses étaient plus effleurées, pas complètement exploitées, que l'auteur aurait pu aller plus loin dans la noirceur. Les personnages m'ont aussi paru un peu caricaturaux. Au-delà de ça, j'ai néanmoins apprécié ma lecture.

Le miroir du damné (Frédéric Lyvins - J.B. Leblanc)

Une lecture numérique de ce roman paru chez Séma Editions alors que je suis réfractaire au numérique, comme quoi tout arrive. Dans le petit village isolé de Tarsac, le meurtre du jeune Fabiani amène sur les lieux le lieutenant Courtas. Peu aidé par les villageois ou le chef de la police municipale, l'inspecteur soupçonne vite qu'on lui cache des choses, mais quoi ? Son enquête piétinne tandis que d'autres morts étranges surviennent. Toute l'affaire paraît étrange et aucune pièce du puzzle ne semble vouloir s'embôiter avec une autre. Kalvyn Brimac, lui, est revenu au pays pour enterrer son père, mort d'une crise cardiaque lui a-t-on dit, mais est-ce aussi simple ? Le jeune agent immobilier cherche à comprendre, à se pardonner aussi sa longue absence, l'abandon de son père enfermé dans sa tristesse depuis la mort de sa femme et de son fils cadet. Et si tout avait un rapport avec le réducteur, ce natif insoupçonnable qui douze ans plus tôt s'était mis à massacrer des enfants ? Les habitants craignent cette hypothèse. Et dans l'ombre, un miroir particulier pèse sur le village.

Une lecture très plaisante. J'ai apprécié l'histoire sous forme d'enquête. Je n'aime pas les intrigues policières, sauf si elles se couplent à du fantastique bien présent, et c'est le cas ici. Ce récit de village hanté/possédé par une entité maléfique est entraînant, captivant même. Les personnages principaux sont bien fouillés, avec du corps, et même les personnages secondaires possèdent une chair suffisante que pour les rendre intéressants. J'ai retrouvé dans ce roman une ambiance qui m'a fait penser à B. R. Bruss (enfin, je n'en ai pas lu beaucoup, mais de ceux dont je me rappelle, les thèmes sont plutôt proches : intrigue policière fantastique, village reculé et refermé sur lui-même, personnages presque impuissants, vision assez sombre du pouvoir des hommes contre le mal, même la fin me fait un peu songer à Steiner). Cette histoire fleure bon les mythiques Angoisse. Quelques bémols légers (si, si, il faut en trouver, autrement c'est pas drôle). J'ai remarqué plusieurs coquilles/fautes au long de ma lecture, et j'ai été un peu déçue par les personnages de Brimac et de Susan, sa petite amie. Je pensais que leur rôle serait plus important vu la place qu'ils prenaient. Rien de bien grave, et surtout rien qui ne m'ait gâché ma lecture. Donc, résultat positif sans aucun doute.

Lavinia (Anne Duguël)

Lavinia est le nom d'un chien, celui de Lord Henry. Lord Henry qui monte dans un train en compagnie d'autres privilégiés, un éclésiastique, une vieille riche, un vieux général, une veuve aisée et meurtrière, une mère folle d'avoir perdu son enfant. Ils montent dans un wagon première classe, tout confort, en route vers on ne sait où, tandis que dans d'autres compartiments, à bestiaux, est enfourné les malheureux d'une rafle. De son côté, Tatoo a réussi à échapper à Big Butcher, le despote qui règne en maître sur le pays, celui qui l'aime à tel point qu'il l'a fait non seulement épiler définitivement de tout poil ou chevelure, mais l'a aussi marquée de son image.

Dans ce court roman paru dans la collection Frayeur au Fleuve noir, Anne Duguël brosse le portrait d'une société futuriste où pour survivre la société a imposé de nouvelles règles, mais comme dans tout système, celles-ci avantagent une élite, et le peuple subit et souffre. Un roman sombre et pessimiste où l'espoir n'a pas sa place. Très prenant, on est pris dans l'histoire, on s'attache au personnage de Tatoo, on voudrait qu'elle s'en sorte. Mais dans ce genre, est-il possible que quelqu'un s'en tire ? Ce récit m'a rappelé d'autres dystopies célèbres avec son ton sombre et inéluctable.

Hammour (Bruno Pochesci)

Elyah et Hugo s'haimment d'hammour, mais la guerre contre les Vall's les sépare en les incorporant à des tâches différentes, lui chez les Thartarots, régiment où l'espérance de vie avoisine les trois semaines, elle chez les Maharis, groupe d'espionnes payant de leur personne pour obtenir des renseignements. Par hammour, ils se jurent de maintenir et de s'en sortir. Mais est-il possible de tenir bon face à la bêtise humaine, à l'horreur, à la mort, à la violence ?

Quel roman étonnant. Est-ce que j'ai aimé ? Et bien, oui. Et pourtant, c'était loin d'être gagné. J'étais vraiment pas la cliente idéale. Le côté déjanté (mais est-ce le bon mot) de l'écriture m'a un poil rebuté au départ, et j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'univers de l'auteur. Mais force est de reconnaître qu'au fil des pages, on ne peut qu'y pénétrer dans cet univers. Non seulement y pénétrer mais aussi adhérer à son monde un peu fou tout autant qu'horrible. Car ce roman alterne les scènes amusantes, émouvantes, dures, voire même un brin dérangeantes. Le niveau d'écriture est élevé, mais surtout extrêmement maîtrisé, car il faut une sacrée maîtrise pour gérer cette façon d'écrire. Bruno joue avec la langue, les langues, avec une réelle maestria. Et c'est cette écriture inhabituelle qui si elle m'a gênée pendant peut-être un quart du bouquin a aussi fini par m'attraper dans ses filets. L'auteur profite aussi de sa science-fiction pour tacler certains aspects négatifs de notre société, cela sans avoir l'air d'y toucher. J'aime bien.

Au final, je dirais que ce livre est étonnant, un chouïa rébarbatif dans son accroche, mais fascinant et addictif, on s'attache aux personnages, et on les suit jusqu'au bout, vivant avec eux dans ce monde étrange, espérant et souffrant en leur compagnie. Et puis la fin, je m'étais imaginée autre chose, mais à y réfléchir (ou sans réfléchir même), j'aime autant la fin choisie par l'auteur.

Moisson d'épouvante 3 (Dreampress)

Troisième opus de cette anthologie paraissant aux Editions Dreampress. Je me suis laissée tenter par celui-ci lors de mon déplacement fin novembre à Sèvres. A la base, j'étais dubitative, faute à l'énoncé de l'appel à textes qui parle d'humour. Et moi l'humour, c'est bof, j'accroche pas, je ne me marre pas (je parle niveau littérature). Mais ayant été rassurée sur la dose d'humour pas si conséquente que ça dans l'anthologie, pourquoi pas. Je jugerais sur lecture. Et je ne le regrette pas, j'ai passé un très bon moment. Avec même un coup de coeur (et mes véritables coups de coeur sont rares).

- Nidouyé (Eric Vial-Bonacci) : Paul et Mizuko sont jumeaux, ils ont onze ans, ils sont élevés par leur père veuf. Mais leur père, traumatisé par la mort de sa femme, ne peut supporter l'idée d'être une nouvelle fois abandonné, alors il a aménagé la maison en Nidouyé (et je viens seulement à l'instant de percuter le titre). Une jolie histoire, assez touchante, mais aussi dérangeante.

- Hypnophobie (Franck Stevens) : M. Varlet est suivi par un psychiatre pour des troubles du sommeil. Il dort mal, et depuis la mort de sa femme ça empire. Le psychiatre le met sous surveillance pour découvrir que l'homme fait toujours le même genre de songes qui se terminent immanquablement en cauchemar. Quelque chose effraie et fait souffir M. Varlet dans son sommeil. Est-ce une bonne idée de s'entêter à découvrir ce qui se passe dans la tête du patient ? Récit bien sympa, entraînant, même si le sujet a déjà été vu, cela reste une bonne proposition.

- Derrière les yeux, le père (Phil Becker) : Séverin n'a pas la vie facile avec son père, Erik, qui le mène à la baguette, entre autres sport à hautes doses et interdiction de se blesser. Sans parler de sa mère au grenier, sa mère, sa punition lorsqu'il ne se conduit pas bien. Et si ce n'était que cela. Intéressante et plaisante histoire d'horreur, parfois dure (miam, même si ça reste léger).

- La cuvée du condamné (Guillaume Suzanne) : le héros de l'histoire s'est barricadé dans un bâtiment. A l'extérieur, des ennemis le cernent. Il a un tonneau plein pour s'abreuver, quelques provisions, mais jusqu'à quand ? Une histoire où l'on n'a pas trop de contexte et où certaines clés ne se dévoilent qu'à la fin, j'ai bien aimé la solitude du personnage, bien restranscrite.

- Norvège (Olivier Caruso) : le protagoniste s'est exilé en Norvège après un traumatisme. Mais le Grand Nord n'est peut-être pas fait pour quelqu'un comme lui, quelqu'un qui cherche à fuir ses souvenirs. Bien aimé, pas grand chose à dire, un peu classique mais bien écrit.

- Les Alyscamps (Didier Reboussin) : Henri-Honoré Tardieu est ingénieur aux chemins de fer. Sur le site où il travaille, il a découvert des cercueils dont l'un renferme un corps magnifique. Fasciné, il fait main basse sur le sarcophage et se laisse subjuguer par le mystère. Résolu à en apprendre plus, ll fait appel au père Matthieu. Apprécié sans être transportée.

- Stade terminal (Alexandre Ratel) : Philippe, le père, et Lucas, son fils, pris dans un monde de zombie, ont réussi à pénétrer dans un stade de football. Mais le fils a été mordu récemment, les deux savent que ce n'est qu'une question d'heures. Pas trop fan des zombies, j'ai néanmoins apprécié ce moment entre père et fils que j'ai trouvé touchant.

- La Caverne du Blaireau (Michel Lalet) : mon coup de coeur. Un vieil auteur populaire est interviewé, et il raconte une histoire, celle de Pierrot et Toine, deux enfants en bute à un père violent. Un jour, pour se protéger d'une crise paternelle, Pierrot entraîne son cadet dans une grotte, un lieu magnifique, même si y pénétrer n'est pas simple. Je n'en dis pas plus. C'est une très belle histoire qui m'a fait penser au Labyrinthe de Pan, le film de Guillermo Del Toro. Le même regard sur le merveilleux qui a aussi ses côtés sombres, le même rapport entre celui-ci et la réalité, et le même flou sur ce qui est vrai ou pas. Vraiment beaucoup aimé.

- IT : Les Iris de Titan (Yann Quero) : sur Titan, satellite de Saturne, des petits objets ovoïdes ont été découverts puis ramenés sur Terre. Mais peu après leur arrivée, une étrange épidémie s'est propagée, en cercles concentriques, plongeant les victimes dans un coma profond. Pourquoi ? Que sont ces Iris de Titan ? Comment inverser le processus ? Plutôt original, j'ai bien aimé cette histoire de science-fiction. et ce fléau ramené d'ailleurs.

- Helianthus annuus (I.C. Vita) : Paul, un vieil agriculteur à la veille de moissonner ses tournesols, se repose en vue du travail du lendemain. Il est dérangé par un invité surprise, un homme étrange qui semble fasciné par ses fleurs et qui voudrait qu'elles ne soient pas coupées. Une histoire avec une aura de mystère et une belle chute. Bien aimé.

- Sylvia (Daniel Morellon) : le protagoniste raconte son histoire avec Sylvia qu'il a follement aimé, qu'il a suivie dans ses dérives sexuelles, jusqu'au jour où il n'a plus pu et qu'il s'est jeté par la fenêtre. Mais Sylvia, elle, a continué. Un peu trop classique pour moi, je n'ai pas été surprise. Cependant elle offre un rythme intéressant.

- Perfection (Thomas Spok) : Paul est marié à Vanessa, à ses yeux, la femme parfaite. Tellement parfaite qu'il commence à se sentir mal à l'aise sans arriver à comprendre pourquoi. Sur le conseil d'un ami qui a connu ça, il va chercher à trouver un défaut, juste un, à sa femme, mais ce n'est pas facile. Beaucoup aimé cette histoire avec une fin à laquelle je ne m'attendais pas.

- De l'autre côté de la porte (Marlène Charine) : Clara est chez elle. Clara qui a échappé à son tortionnaire. Mais le voilà de retour, et pour Clara une seule solution, s'enfermer dans la salle de bain. Son agresseur va se poster derrière la porte, il n'est pas pressé, il finira par l'avoir, il n'arrête pas de le lui répéter. J'ai beaucoup aimé le rapport entre la victime et son tortionnaire. Un bémol, on découvre peut-être un peu trop vite le fin mot de l'histoire et la fin est un peu douce pour mes goûts tout à fait personnels.

- Démangez-moi (Annabelle Blangier) : Mona est internée et raconte au docteur Park comment a commencé sa psychose, l'apparition de cette croûte étrange sur son poignet. Bien rédigé mais l'histoire ne m'a pas transportée plus que ça. Pas assez surprenante sans doute et puis des questions en suspens.

- L'antre (Jeff Gauthier) : un récit qui prend place dans la préhistoire, c'est déjà intéressant parce que pas très courant, une bonne plongée dans l'angoisse, peut-être un peu longuet, mais en même temps, ça participe à l'atmosphère. Une tribu est décimée petit à petit par un animal féroce. Pour s'en débarasser, un groupe de cinq volontaires va le traquer au fin fond d'une grotte. Très bonne fin que je n'avais absolument pas vue venir.

- Conte d'été (Elodie Beaussart) : Marguerite est au jardin, elle entend une faible musique, en cherche l'origine et découvre un tout petit être soufflant dans une flûte. Joliment écrit, mais au cours attendu.

- Des plantes, des lèvres, de l'amour pour Oiseux (Raphaël Eymery) : Oiseux a été embauché pour surveiller 97 dépouilles de femmes datant de la seconde guerre mondiale. Des victimes d'une probable expérience nazie. Il doit juste rester là et prévenir si quelque chose se produit. Intéressant, et pourtant il ne se passe pas grand chose, cela vient de l'ambiance et des personnages improbables. Bien aimé.

Holocauste (Christophe Siébert)

De nos jours, sans qu'on en détermine la cause, la plupart des technologies modernes cessent de fonctionner. Plus de mobiles, plus d'internet, plus de radio, plus de télévision (seul la téléphonie fixe a résisté au désastre). Le monde plonge vite dans le chaos, couvre-feu, état d'urgence, heurts divers, pillages, affrontements entre bandes et forces de l'ordre. Bientôt, cette première catastrophe est aggravée par une épidémie qui frappe par vague et décime 98 % de la population mondiale. Olivia, une pute, survit à la maladie et prend la route. Où va-t-elle ? Que veut-elle ? Elle ne semble pas vraiment le savoir elle-même, mais il faut bien faire face, s'adapter. Et tandis qu'elle progresse, d'autres rescapés font comme elle, tout en tentant de se rassembler, pour peut-être réorganiser une société plus sécurisée, mais rien n'est moins difficile, à part la survie elle-même.

J'ai déjà lu Christophe Siébert dans ses deux romans parus aux Editions TRASH et j'avais aimé ses récits durs et violents, et j'apprécie peut-être encore plus ici. On retrouve ce même regard sans illusions sur le genre humain, lucide et froid. La base de l'histoire est classique, une catastrophe genre apocalyptique et les rares rescapés qui s'échinent à survivre. Mais le traitement, la façon de raconter rendent l'ensemble différent. La narration est directe, sans fioritures, même si elle propose des descriptions des morts, des décompositions, et des violences qui ne sont pas sans rappeler parfois ses romans TRASH. Ca donne un style vif et nerveux qui entraîne le lecteur (moi donc) et le pousse à tourner les pages. Au final, un vrai bon plaisir de lecture dans exactement ce que j'aime, un apo réaliste.

Malpertuis VII

Une gourmande anthologie de 293 pages (plus une partie bibliographie) composée de 23 nouvelles.

- Grand-père (Marie Latour) : jolie et émouvante nouvelle, proche du conte où Marie Latour nous narre l'étrange histoire d'une petite fille différente. Vraiment bien.

- Dette à rebours (Sylvie Dupin) : Charlène prise dans une tempête de neige trouve refuge dans un château où le maître de maison l'accueille avec beaucoup d'hospitalité. Quelques jours plus tard, voulant remercier son sauveur, la jeune médecin ne découvre qu'un bâtiment à l'abandon et inhabité depuis des années. Pourtant, elle n'a pas rêvé, elle en est sûre. Très belle histoire avec une chute que je n'ai devinée qu'en y arrivant. Vraiment bien écrit et bien construit.

- Le Chemin des épingles (P. Bragg) : Au début du siècle dernier, la protagoniste du récit vit dans un petit village. Elle aime à se réfugier près du lavoir où un jour elle fait la connaissance d'un chat étrange, un chat qui lui ramène les épingles offertes par Jules son premier prétendant. Une belle histoire étrange, un peu mélancolique, et originale.

- Une larme d’Athéna (Sandrine Scardigli) : Quand Athéna foule sa cité après des siècles, entre incompréhension et nostalgie. Assez étrange, j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire.

- Sorcière (Élodie Serrano) : Adeline est une petite fille rejetée par ses condisciples. On la traite de sorcière, elle ne comprend pas pourquoi jusqu'au jour où elle tombe dans l'étang gelé. Une belle histoire avec une petite dose d'émotion, mais pas trop.

- La Ville aux sept portes (François Fierobe) : Le héros de l'histoire achète un œuf de dragon, sans y croire bien sûr, jusqu'au jour où l'oeuf éclot et le dragon naît. Gentillet mais bien écrit.

- Ligne de flottaison (Pascal Malosse) : Apprécié cette histoire sur un bateau, mais aussi sur les rêves, et sur les choses étranges qui peuvent arriver.

- Tu ne tueras point (NokomisM) : la violence des abattoirs revisitée. Pas nouveau, mais très plaisant à lire, angoisse très bien retranscrite.

- Une veine de cocu (Émilie Querbalec) : devenir l'amant de la femme d'un collègue n'est pas toujours une bonne idée, et celui de Lilian précisément, encore moins. Un chouette récit bien mené.

- Ceci n’est pas un paparazzi (Bruno Pochesci) : Gérard fréquente Zoé, une call-girl qui rêve d'un rôle. Enzo, lui, joue au paparazzi et les photographie. Gérard n’apprécie pas et lui rend visite, et la machine infernale est lancée. Très bon, beaucoup apprécié le déroulé de l'histoire.

- Les femelles porteuses d’idoles (Raphaël Boudin) : bizarre histoire avec comme pitch principal des prothèses mammaires. Je ne sais pas trop si j'ai aimé ou pas.

- Naucrates seductor (Jacques Fuentealba) : Victor, après une soirée arrosée, a ramené une jeune femme chez lui. Son but : la droguer et la violer. Mais tout  ne se passera pas comme prévu. Agréable à lire.

- Ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ! (Ghislain Morel) : les jouets, la nuit, sont-ils encore de simples jouets ? Que font-ils lorsque tout le monde dort ? Sympathique histoire, un peu enfantine (peut-être un peu trop pour moi qui penche plus vers le côté obscur de la force).

- Dorian et les pinpins (Sabine Sur) : Dorian est chargé de récupérer des perles à pinpins, nécessaires à sa tante pour la fabrication de ses sorts. Mais les perles à pinpins ne sont pas toujours évidentes à récolter, certains animaux  y tiennent à leurs perles. Amusant.

- Monsieur Pourpre (Olivier Caruso) : quand les mortes-vivantes servent de putes dans les bordels, et quand un petit flic se dit que lui aussi pourrait profiter de l'affaire du moment. Tout ce la peut-il finir autrement que mal ? Original, un peu glauque, bien écrite, beaucoup aimé.

- Le club des montagnards pâtissiers cynophiles (Marlène Charine) : une petite perle celle-ci. Beaucoup aimé cette histoire de quête et de résurrection.

- L’appel de Latombe (Guillaume Suzanne) : pile poil dans ce que j'aime, donc, pas photo, j'ai aimé. Quand un psychopathe débutant rencontre une victime immortelle. Original.

- Mortel graffiti (Eric Vial-Bonacci) : Mésidye, un réfugié sdf, vit dans une usine abandonnée et récupère des restants de bombes de peinture pour taguer. Belle histoire sur fond de magie ancestrale.

- À mourir de rire (Artikel Unbekannt) : quand un rire vous poursuit, devient une obsession, un cauchemar. Halluciné, de l'Artikel version Schweinhund.

- Danseur étincelle (Manon Bousquet) : Adrien est un petit garçon qui a perdu sa maman dans un incendie. Sa maman était danseuse, il aimerait l'être aussi, mais papa ne veut pas. Il ne veut pas non plus qu'Adrien joue avec le feu, mais Adrien aime les flammes qui dansent comme maman. Joli récit, touchant, et sombre.

- Le syndrome de Fukushima (Xavier Orti) : Léa a perdu son mari dans le drame de Fukushima, depuis, elle est revenue en Europe avec sa fille Oki obsédée par son père. Et Takashi, son amant de l'époque l'a suivie, veut la récupérer. Encore une histoire assez touchante qui explore en toile de fond les traumatismes d'une catastrophe marquante.

- Next stop : Paradise (Emmanuel Delporte) : un voyage dans le désert de la mort, une rencontre entre deux personnes paumées. Bien aimé, sans trop trouver quoi en dire de plus.

- Les mots qui traversent (Élisa M. Poggio) : Léa est une employée exploitée et quasiment maltraitée. Elle souffre d'une empathie trop grande et voudrait que sa boîte aide les malheureux, mais ce n'est pas le cas. Alors Léa s'échappe par les mots. Original et bien écrit, peut-être parfois un peu obscur.

Au final, une très bonne anthologie avec de bons récits (voire de très bons récits) variés. Je n'ai pas boudé mon plaisir de lecture.

Cinquante nuances de Grey (E. L. James) L'intégrale

J'avais lu il y a quelques temps, le hasard d'un lot, le premier tome. Nouvel hasard d'un lot, j'ai pu lire les tomes deux et trois.

On y retrouve les mêmes (mauvais) ingrédients que dans l'opus de départ. Des héros cliché à souhait, des situations et péripéties cliché à souhait, des scènes de fesses cliché à souhait, une fin cliché à souhait. C'est mièvre, fleur bleue, neuneu, gnangnan et tout ce qu'on peut trouver de qualificatifs dans le genre. Et pourtant, j'ai lu jusqu'au bout, en survolant quand même plusieurs passages, dont beaucoup des scènes de fesses. Alors pourquoi n'ai-je pu m'empêcher de lire jusqu'au bout ? Bonne question, mais question sans réponse. Réellement, c'est mauvais et peu crédible, caricatural à mort. En vrai, ça me sidère même un tel niveau d'invraisemblance. Alors peut-être est-ce là la réponse, lire pour toujours se confirmer qu'on ne se trompe pas.

Rappel du pitch de l'histoire : Anastasia, jeune fille pauvrette, n'ayant jamais connu l'amour bien sûr, tombe follement amoureuse de Christian, multimilliardaire aux mœurs dévoyées, mais juste ce qu'il faut pour ne pas l'être trop. S'ensuivent les diverses étapes de leur relation, agrémentées de moult galipettes (non mais sérieux pire que des lapins ces deux-là), vaguement sado-maso, pour terminer par un happy-end attendu, le malheureux milliardaire pratiquement guéri de ses pulsions par le miracle de l'amour.
Bref, un best-seller dont on se demande pourquoi il l'est. C'est plutôt du niveau d'un Harlequin érotique.

On a rempli les cercueils avec des abstractions (Kââ)

Geoffroy Rouvieux est un informaticien accro au poker. Une mauvaise main et le voilà avec une dette de 150 000 francs. Pour rembourser ce qu'il doit, on lui propose d'acheminer une voiture jusque Marseille. Acculé, il accepte. Mais que transporte cette voiture ? Et qui sont tous ces gens qui semblent le suivre, et le suivent d'ailleurs ? Dans quel merdier s'est-il fourré ? Tout en essayant de mener à bien sa mission et d'échapper à ses poursuivants, Geoffroy tente de comprendre et de se tirer de ce mauvais pas. A-t-il seulement la moindre chance d'y arriver ?

Sympathique roman. Kââ mène son intrigue de main de maître, distillant ses info petit à petit. On est tout aussi paumé que son héros. Comme souvent dans les romans de l'auteur, on sent une inéluctabilité imparable, une impossibilité de prendre la main, des intérêts trop grands, un personnage incapable de vraiment se débattre et résister, même quand il essaie. Tout cela est très bien fait, très logique de bout en bout. Un seul bémol, la fin que j'ai touvée peut-être un peu trop facile, même si j'aime bien la toute fin, l'idée d'une parenthèse.

Sang futur (Kriss Vila)

Paru initialement en 1977, et réédité en 2008, Sang futur est un coup de poing, une écriture qui cogne, sans chichis, violente et qui vous agresse presque. On y suit le parcours de plusieurs punks, dont Dikkie-La-Hyène, meurtrier recherché par un flic en train de se perdre dans sa haine. Et puis aussi El Coco, écrivaillon fasciné par le White Flash Club dont on se demande s'il écrit vraiment. Et plein d'autres, tous à la dérive, drogues alcool musique, comme un credo unique dans leur vie.

C'est un bon livre loin du consensuel, un livre sur une époque, qui claque.

Noir et rouge (Artikel Unbekannt/Schweinhund)

Fini ma lecture de Noir et rouge paru aux Editions Rivière blanche en octobre 2016. Une lecture intéressante, plaisante, diversifiée, où l'on a la joie de retrouver toutes les palettes de cet auteur multifacettes. Dans ce recueil se trouve rassemblée l'ensemble des nouvelles parues dans diverses anthologies, augmentée de quelques inédits. Le livre est découpé en quatre parties, où l'on peut s'amuser à essayer de deviner qui d'Artikel ou de Schweinhund est aux commandes.

Slice of death : composée de six récits où la réalité se mélange aux cauchemars.

A mourir de rire : j'y ai bien reconnu le style "halluciné" de l'auteur dont on ne sait pas toujours situer la frontière entre mirages et réalités. C'est assez étouffant. La folie du personnage est bien rendue, tout comme son obsession pour ce rire. On a tous déjà entendu des rires qui nous irritent, on entre bien dans son délire.
Rouge : encore plus halluciné, avec une frontière encore plus floue entre les mondes du réel, du fantasme et de la possession. Là aussi, on étouffe sous les mots. C'est une ambiance quasiment anxiogène, très bien faite. C'est aussi une des raisons pour lesquelles, on ne peut pas lire les textes l'un après l'autre. Une pause est bien nécessaire pour respirer, digérer, et assimiler.
Passé décomposé : une histoire d'amour maudite, sombre, mais à l'atmosphère moins étouffante que les deux premières nouvelles. L'inéluctabilité du destin, et ce qui doit arriver arrivera, de toute façon. J'apprécie cette noirceur.
Jaune : je dois avouer que je ne suis pas sûre d'avoir compris la fin. C'est assez rare quand je lis l'auteur, mais ça m'a un peu laissé une impression plus mitigée, même si j'ai aimé le ton de l'histoire, et ce côté mémoire en fuite qui revient petit à petit, pour le pire.
Retour aux sources : un style moins haché, plus fluide, pour une histoire où j'ai deviné assez vite les dessous. Ce qui n'empêche qu'elle m'a plu, bien sûr. C'est toujours aussi maîtrisé et prenant. Car même dans un style moins cogneur, l'atmosphère reste lourde.
A feu et à sang : celle-là, je l'avais découverte dans L'almanach des vampires, et je l'avais vraiment beaucoup aimée à l'époque. Je l'ai relue, et je l'apprécie toujours autant. C'est la plus "douce" (si tant est qu'on peut parler de doux pour les récits de l'artiste), la plus sensuelle aussi, de cette première partie. On vit les émotions du protagoniste jusqu'à l'épilogue.

Pulp is not dead : à nouveau six récits, hommages à des auteurs, à des oeuvres. Il m'a été plus difficile d'entrer dans ces nouvelles. Pas à cause du style, impeccable, comme d'habitude. Pas à cause d'histoires que je n'aurais pas comprises, tout est très fluide. Non, cela vient de moi et de mon inculture. Il s'agit de textes "hommages" et malheureusement la plupart des œuvres originelles me sont plus ou moins inconnues. De là, j'ai ressenti une sorte de manque. Compliqué pour moi d'apprécier à leur juste valeur ces six textes.

Dark night : un petit garçon qui fait des cauchemars, un film au cinéma le soir, une rencontre dans les rues ensuite. Une courte histoire, bien écrite, avec une petite chute que je n'ai pas vue venir. Très bien écrite, peut-être un peu courte et rapide. Je ne sais pas trop quoi en dire de plus.
La tension de la stratégie : j'ai préféré ce récit-ci, alors même que je ne connais pas du tout l'oeuvre originelle. Une enquête sur un incendie, un antagoniste d'ailleurs, du suspense, des personnages accrocheurs. Vraiment sympa.
Aliénation : dans celui-là, il y en a quand même un, j'ai vu l'hommage à un film qui reste un de mes préférés. Du coup, contente je suis, mais on s'en fout. En tout cas, j'ai beaucoup apprécié l'histoire de cet androïde un peu dépassé par les événements, certains clins d’œil que j'ai repérés (j'ai dû en louper aussi), la progression de l'intrigue. C'est mon top de cette partie.
Le masque et la marque : cette nouvelle, j'en ai bien sûr apprécié la lecture, mais ne connaissant aucun des personnages extirpés d'autres romans, je n'ai malheureusement pas pu l'apprécier à sa juste valeur. C'est l'exemple type d'histoires où j'ai ressenti le manque dans mes connaissances. Vu cette inculture, je ne peux pas en dire grand chose, juste qu'elle est très bien écrite et très bien menée, et qu'elle devrait plaire aux amateurs des Fleuve noir Angoisse.
Le péril jaune : celle-ci rejoint la précédente. Je ne connais pas les histoires de départ, il me manque donc un truc pour rentrer complètement dedans. Et pareillement à la précédente, elle est pourtant superbement écrite.
Travaux forcés : par contre, ici, malgré, encore une fois, mon ignorance, j'ai pris plus de plaisir. Peut-être grâce à une histoire qui pourrait presque coller à n'importe quel écrivain dont on est fan. Aussi apprécié les petites allusions vers des éditeurs. Bref, elle est amusante.

No future : trois nouvelles pour cette partie-ci. Qui partent vers l'apo ou le catastrophe, dans un style qui emprunte, je dirais, aussi bien à celui d'Artikel qu'à celui de Schweinhund.

- Japon, année zéro : Kiyochi, Kumiko, Kojima, trois jeunes gens ayant fait leurs études ensemble, liés par l'amour et la haine, dans un Japon juste avant Hiroshima. Un trio en route vers un étrange destin. Rondement mené, pour un récit s'extirpant des ruines d'une des pires horreurs commises par l'humanité.
- Angst : dans le Berlin de l'immédiate après-guerre, une histoire mêlant anciens nazis et expériences contre-nature. Comme pour la précédente nouvelle, on plonge dans une période noire de l'histoire pour contempler ses blessures et ses cicatrices. Un beau texte.
- Caïn et la belle : un homme se réveille sans mémoire dans un monde post-apocalyptique. Qui est-il ? D'où vient-il ? Que s'est-il passé ? Une quête vers les souvenirs et la compréhension, puis la rencontre et enfin les réponses. Un beau récit de fin du monde, assez sombre et sans espoir, que j'aime beaucoup.

White trash : un ensemble de quinze nouvelles, dont j'en connaissais déjà plus de la moitié, puisque huit d'entre elles furent publiées à l'origine dans Dimension Trash. La partie plus rouge du recueil. Celle où l'on retrouve Schweinhund dans ses obsessions pour les cauchemars, la folie, l'horreur, ou la violence.

- 1985-1990 : l'auteur compose une ode à une de ses références, la collection Gore du Fleuve noir. Le tout mélangé de folie. Bel hommage.
- La chambre noire : j'en avais découvert une version courte, il y a déjà pas mal de temps. La voici rallongée, mais j'y retrouve toute sa noirceur et sa paranoïa. Encore, le thème de la folie décliné d'une autre manière.
- Légion : une sorte d'incantation folle, sombre, et oppressante, où l'auteur joue avec les mots comme il aime à le faire. Et toujours cette folie sous-jacente.
- Quinze minutes : ici, nulle folie, juste du sale, du trash. Plus direct et cogneur, aussi bien dans l'histoire plus ancrée dans la réalité, que dans le style violent.
- Bon sang ne saurait mentir : dans celui-ci aussi, nous retrouvons la folie, mais dans le style moins halluciné de la précédente, juste la violence, avec un côté un peu décalé qui arrive à faire sourire.
- Löwenacht : une sorte de pamphlet contrre le consumiérisme, mais avec le style propre à Schweinhund, ça devient autre chose, un récit à nouveau halluciné.
- Profondo nero : celle-ci reste à part pour moi. Je l'ai découverte il y a plus de deux ans, et si ce n'était pas le premier récit de l'auteur que je lisais (le deuxième si je ne me trompe pas), c'est celui qui me l'a vraiment fait découvrir et apprécier. Un récit sombre, où tout se cache dans les détails, où la folie est hallucinée comme pour d'autres textes, mais avec un rapport clair à son origine, à son horreur.
- 2013-2016 : l'autre nouvelle qui se taille une place à part. Lorsque je l'ai découverte dans Dimension Trash, je l'ai beaucoup appréciée, un bel hommage aux auteurs Trash. Mais ce plaisir fut accompagné d'une petite pointe de déception, les derniers auteurs à rejoindre Trash ne s'y trouvaient pas évoqués, faute à une dead-line trop juste. L'auteur l'a reprise un peu, et c'est avec joie que je m'y suis retrouvée. Alors merci, ce sont quelques lignes qui m'ont fait extrêmement plaisir.
- Contre-nature : cauchemar de grossesse, très malsain et sombre.
- S.O.S. : un peu de claustrophobie, un peu d'agoraphobie, un peu de phobie tout court, et une promenade dans un New York écrasé par la chaleur, plaisante à suivre.
- Confrontation : beaucoup moins de violence, même si elle reste à l'âffut. J'ai bien aimé cette histoire de confrontation avec ses personnages peut-être pas si improbables que ça.
- L'altro inferno : un texte, presqu'une litanie où s'évoquent la religion, l'enfer, le mal, d'ici et d'ailleurs. Un récit puissant.
- Blutwurst : l'histoire d'un homme à un concert, ou d'un petit garçon, ou d'un fantôme, on choisit, comme on veut, mais c'est sombre et ça fait mal.
- L'oeil du serpent : hommage à Kââ/Corsélien, dans le style à Schweinhund, un mélange de pensées folles et une réalité brute.
- Corps et liens : comme le précédent, un hommage au même auteur. Schweinhund y joue avec les mots, avec délectation, ça donne le résultat habituel, un texte halluciné, étouffant, oppressant, sombre, et malsain, où l'on devine l'histoire par petits coups, petites phrases, et le puzzle se met en place doucement.

Artikel Unbekannt et Schweinhund soumis à la question par Zaroff : une interview menée par Zaroff, auteur Trash des opus "Night stalker" et "Bayou", où le compositeur du présent recueil se livre (un peu) sur lui-même, ses références, sa façon d'écrire.

Pour conclure, je dirais que "Noir et rouge" est un livre à lire à son aise, parce que le sentiment d'oppression éprouvé sur la plupart des nouvelles invite à une pause. Il faut prendre le temps de digérer les textes, de les assimiler, parfois de passer derrière les mots, pour découvrir le sens caché. Schweinhund/Artikel est un orfèvre qui cisèle chaque phrase, les amenant loin dans la stylistique. C'est parfois ardu, ça donne un résultat étonnant, mais surtout, c'est intense, une façon de procéder que je n'ai encore jamais trouvée chez aucun autre auteur. Ca le met à part, une personnalité littéraire unique, ce qui en fait sa force.

36 synopsis (Jean-Pierre Andrevon)

J'ai reçu ce fin bouquin, une cinquantaine de pages, avec une commande passée chez Dreampress. Petit cadeau sympa et livre qui m'a intriguée. J'ai commencé à le lire le jour-même. Jean-Pierre Andrevon y compile donc 36 synopsis d'histoires non-écrites, chacun d'eux faisant d'une demi-page à maximum deux sur l'ensemble. Vraiment sympathique à lire, et si bien sûr, pour certains on sent le synopsis pas encore abouti, sur beaucoup, on a l'impression de lire des courtes nouvelles, certaines étant publiables en l'état.

En tout cas, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette petite chose. Alors, si vous avez l'occasion, pourquoi pas tenter.

Maléfices (B.R. Bruss)

Les habitants de Barsec et Saint-Galais inaugurent le nouveau pont qui relie les deux villages et évite les longs détours, mais la fête est ternie par un accident aux abords immédiats du nouvel édifice. Puis d'autres accidents surviennent. Tant que les gens du coin finissent par croire l'endroit maudit et l'évitent. Gérald, bien loin de là, tombe sur un article relatant cette succession d'accidents souvent mortels. Et il fait le rapprochement avec ce qu'il a vécu deux ans plus tôt sur la propriété de son père. Pour persuader le sous-préfet de la nécessité de détruire le pont, il va lui raconter son histoire, comment il a rencontré Elina dont il tombera amoureux, l'agression par des chiens devenus fous d'un vieux colonel, tous les faits bizarres ensuite.

Une classique histoire de maléfices, dont l'originalité vient de la cassure entre la première partie du récit, la plus courte, et la seconde, le flash-back. Bien aimé, même si cette fois nous avons droit à un happy-end.

Il sera une fois (Southeast Jones)

- Barbares ! : sur Manamée, c'est la panique. Les barbares arrivent. Pour les colons, la fin est proche. Mais qui sont ces envahisseurs disposant d'une telle puissance qu'ils sont capable d'éradiquer toute vie sur une planète puis de lentement la soigner ? J'aurais dû me douter de comment du pourquoi, et pourtant je n'ai rien vu venir, donc, j'ai été cueillie par l'histoire.

- Contrat : le protagoniste veut être éternel, c'est sa seule exigence et il n'en démord pas face à Zazel, un démon avec lequel il négocie. Beaucoup apprécié cette petite nouvelle vaguement ironique.

- Emancipation : l'homme vit en agoraphobe dans une maison dont il ne sort plus depuis des années. Il a peur et on revit sa vie jusqu'à sa claustration volontaire. Bien écrit, on ressent assez bien les sentiments et émotions du personnage.

- Divergence d'opinion : les Cohos et les Mahjs sont en guerre depuis déjà bien longtemps. Tumen a échoué dans une dernière tentative pour leur faire comprendre qu'ils sont tous frères. Dire que tout vient d'une divergence d'opinion sur la barbe ou pas des croyants. Mais il est l'heure d'utiliser l'arme ultime. Bonne petite histoire avec bonne petite fin.

- Question de foi : le pape Paul VII attend les voyageurs, des extraterrestres qui l"ont choisi pour une première rencontre et des révélations. Rien à redire, mais moins mon style, juste une question de goût sur le sujet.

- Rétrocession : Ishmaël est un vieux marin qui n'en a plus pour longtemps. Dans un bar, il rencontre Marion, un jaunasse, un jeune qui va embarquer pour la première fois. Il lui raconte succinctement son histoire puis lui fait cadeau de son journal. Et Marion va réaliser que oui, le vieillard avait raison, l'espace c'est magnifique, il vous change direct. Très jolie histoire pleine de sensibilité.

- Jonas : celle-ci, j'en ai lu la version un peu plus courte dans l'anthologie "Sales bêtes !". Plus qu'à remonter le fil des articles pour en lire ma mini-chronique. Je rajouterai juste que je pense avoir préféré la version courte.

- Trip : le protagoniste, on pourrait le qualifier de geek absolu. Tellement qu'il est prêt à foncer vers toutes les nouveautés. Sympathique récit qui pointe une des nouvelles dépendances de notre société. Bien aimé.

- Grand-veille : la grand-veille est un jour de fête où l'on célèbre une personne qui va mourir, avant de renaître sous la forme d'un clone. L'adolescent, héros de l'histoire, ne peut s'empêcher d'être un peu triste de voir partir sa mère, alors que son petit frère ne voit que les plaisirs de cette fête. Très sympa aussi, j'ai beaucoup aimé cette nouvelle plus profonde qu'il n'y paraît et avec une fin inattendue.

- Notre-Dame des opossums : comme pour Jonas, je l'ai lue ailleurs, dans l'anthologie "Folie(s)" pour être précise. Et donc, comme pour Jonas, plus qu'à remonter le fil des articles pour (re)voir ma chronique. Malgré tout, je redirai quand même que c'est une très bonne histoire.

- Début de semaine : le président des Etats-Unis doit déclencher l'arme ultime, pour laisser une chance aux hommes, pour éviter les lancements des bombes nucléaires partout dans le monde. Encore une nouvelle que j'ai grandement appréciée.

- Le C.R.I.M. était presque parfait : Doom est un drôle de savant, il rêve ses inventions et au réveil, il les construit, sans plans, juste sous l'impulsion. La dernière, le C.R.I.M., lui semble être une porte vers d'autres dimensions. Challenger qui le supervise est intrigué : où disparaissent tous les objets ? Tellement intrigué qu'une idée folle lui vient. J'ai aimé l'idée et les personnages, mais un peu déçue par la fin.

- Le temps du repos : une créature millénaire attend et se remémore toute sa cruauté, sa faim dévorante et toujours pas apaisée. Sympa, mais je crois que j'aurais aimé un peu plus de gras.

- Noël lointain : Dumontier affirme au prévôt avoir vu le père Noël, mais l'homme lui affirme que c'est impossible, pas aussi loin de la terre, et puis même les enfants ne croient plus au bonhomme en rouge. Pourtant Dumontier sait ce qu'il a vu sur cette planète que les colons partagent avec les natifs de l'endroit, pacifiques et festifs extraterrestres. Amusante je dirais pour celle-ci. Une fin qui transforme le tout et donne une autre vision de l'histoire.

- Les enfants de nos enfants : dans cette nouvelle, nous suivons les possibles évolutions de l'homme. J'ai beaucoup aimé l'imagination de Southeast pour cette histoire. Elle clôture bien le recueil.

Un bon livre. Je ne suis pas une fan de science-fiction, mais de temps en temps, j'aime bien me laisser dévergonder par un auteur imaginatif. Et c'est le cas ici. Tous ces futurs sont bien écrits, bourrés d'idées, on y entre de bon gré et avec plaisir.

 

Sales bêtes ! (Artistes fous associés)

Les maîtres ne vinrent plus (Ludovic Klein) : dans cette première nouvelle, on suit l'histoire d'animaux d'un zoo japonnais durant la seconde guerre mondiale. Leur sort, décrété par le gouvernement, est de mourir. Si pour certaines de ces bêtes, la mort se passe rapidement, il n'en va pas de même pour les éléphants. Une très jolie histoire, très touchante.

Pfuugs (Mathieu Fluxe) : le narrateur de l'histoire a un bec-de-lièvre et bien du mal à s'accepter. Il court les speed-dating, maquillé pour cacher sa tare, en espérant un jour peut-être rencontrer quelqu'un. Et voilà que Minxy lui propose un rendez-vous et l'emmène dans un endroit fréquenté par des adeptes de l'homme-animal. Pfuugs va-t-il enfin pouvoir s'accepter. Encore un récit empreint d'émotions que j'ai apprécié.

Pluviôse (Adam Roy) : cette fois, on se retrouve dans les sentiments et les émotions d'un insecte (enfin, je crois) différent des autres de son peuple, une sorte d'handicapé toléré qui va aider à la naissance de son frère ou sa soeur, en espérant que cette fois, l'enfant soit sain. Histoire étrange, mais bien plaisante.

Un arrière-goût d'éternité (Morgane Caussarieu) : Jimmy a accepté d'accompagner Ed dans une drôle de pêche à laquelle il ne croit pas. Ils sont censés attraper une créature qui leur donnerait de grands pouvoirs. Est-ce bien raisonnable que de vouloir se frotter ainsi à l'inconnu ? Prenant et sympa à lire.

La parole du rhinocéros (Ana Minski) : on suit les pensées d'un rhinocéros de sa savane à une cage. Sympathique, mais il m'a manqué un petit truc.

La bête noire (Julien Heylbroeck) : dans un village très paisible, on vit sans nul problème depuis très longtemps. Mais depuis peu, un énorme sanglier sème la panique. Même la Marno, la doyenne, ne semble pas avoir les solutions pour se débarasser de la bête. Julien nous offre une nouvelle rythmée qui se lit de bout en bout avec avidité. Beaucoup aimé.

La solitude du soleil le vendredi soir (Diane) : la narratrice semble sombrer dans une folie zoomorphe. Elle est persuadée qu'elle se transforme en poisson. Plaisant à lire, mais pour celle-ci aussi il m'a manqué le petit truc.

Tous les singes ne vont pas au paradis (Vincent Leclercq) : sur un bateau, un carnage a eu lieu durant la nuit. Plusieurs marins sont morts d'horrible façon. Et pas moyen de trouver un quelconque coupable, aucun passager clandestin ne semble être monté à bord. La tension monte. Et si la bête était tapie au coeur de l'un d'entre eux. Beaucoup aimé cette histoire de monstre sanguinaire.

Le deuxième événement (Ludovic Klein) : dans la tête d'un chat ayant subi l'attaque nucléaire d'Hiroshima, on suit sa métamorphose. Plutôt sympa à lire.

Cobaye #27 (Eric "Udéka" Noël) : l'évasion d'un rat ayant acquis des pouvoirs après des expériences cruelles dans un laboratoire. Apprécié cette nouvelle sur des bestioles dont je suis phobique.

La condition inhumaine (Maniak) : Lisa est enfermée dans un placard, séquestrée par un taré. Lisa est toute petite, il fait noir, les insectes la terrorisent, et encore plus le malade qui l'a torturée à coups de tournevis. Mais Lisa peut peut-être s'échapper. Une histoire qui touche au ventre, avec une touche de fantastique. Beaucoup aimé.

La dépression du chat (Gallinacé Ardent) : Domi est un chat monstrueusement énorme réfugié dans un sous-sol. Il reçoit la visite de son tortionnaire et lui demande de le laisser mourir. Drôle d'histoire. Je ne sais pas trop si j'ai aimé, mais elle est originale.

Parasite (Vincent T.) : le journal d'un homme arrivé sur un monde étrange, et atteint d'une soif incontrolable qui le fait rester où il est en s'abreuvant sans cesse. La nouvelle est très sympa, mais j'ai deviné de suite le fin mot.

Jonas (Southeast Jones) : Jonas raconte son histoire à un journaliste. Jonas paraît fou et affirme avoir été avalé par un monstre planétoïde. Originale déclinaison de la légende de Jonas et la baleine, que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire.

L'ascension des suicidés (Ana Minski) : le petit Hans se jette d'un pont, mais au lieu de mourir, il rejoint un endroit étrange où il retrouve sa mère, suicidée elle aussi. Assez étrange comme nouvelle, pas plus accroché que ça.

La mélodie des bois (Vincent Leclercq) : Félix s'est installé sur une nouvelle planète avec ses parents, mais Félix a le mal du pays et de Ficelle, son animal de compagnie resté sur terre. Alors, lorsqu'il découvre de drôles de petites créatures sympathiques et joueuses, il ne peut pas s'empêcher de les suivre. Jolie nouvelle avec une touche de merveilleux qui m'a beaucoup plu.

Notre-Dame des opposums (Southeast Jones) : une expédition s'est posée sur la planète-mère, le berceau de la civilisation. Sur cette terre abandonnée voilà bien longtemps survivent encore quelques tribus d'hommes qui semblent apathiques, et des opposums, seuls animaux paraissant avoir survécu. Bientôt, l'équipage va comprendre l'étrange lien liant les deux espèces. Très original, j'ai pris beaucoup de plaisir à ma lecture.

Manger les rêves (Romain d'Huissier) : Tetsuya est promis à la succession de son père comme chef de clan. Et la nuit, un démon des rêves découvre ses songes cachés, songes dont il va se nourir ainsi qu'il le fait toutes les nuits des rêves des humains. Légende nippone agréable à découvrir.

Tau Rho (Herr Mad Doktor) : Dans cette nouvelle, on suit Thor, né d'une vache et pourtant avec un corps humain surmonté d'une tête bovine. Toute la vie de ce singulier garçon est évoquée, de ces jeunes années à la ferme de son père adoptif, jusqu'aux différents métiers exercés, en passant par sa scolarité. Détonnante nouvelle qui revisite le mythe du minotaure. Beaucoup apprécié ma lecture.

Clic (Maniak) : Carl et Joseph se sont introduit dans un laboratoire afin de libérer les animaux enfermés. Sympa, mais peut-être trop court, avec une fin bizarre. Je ne sais pas si j'ai aimé je dois dire.

Beaucoup de plaisir à lire cette anthologie aux nouvelles diverses et plaisantes. Bien sûr, j'ai encore une fois mes préférées, mais toutes ont cette écriture maîtrisée et personnelle.

Folie(s) (Artistes fous associés)

- Nuit blanche (Sylvie Chaussée-Hostein) : Martha démarre seule de son chalet de vacances dans les montagnes rejoindre son mari et ses deux enfants, partis plus tôt. Une tempête de neige s'amorce, mais sûre d'elle, elle continue sa route. Bientôt, elle croise un jeune homme en jean et tee-shirt, transi de froid. Logan, d'après ses dire, s'est fait dévalisé son campement. Un peu réticente, elle ne peut pourtant pas le laisser au milieu des éléments déchaînés. Et à la radio, on parle d'une évasion d'un hôpital psychiatrique. Le trajet risque d'être long. Bien aimé cette nouvelle assez classique, en huis-clos dans une voiture. Bémol, j'avais deviné la fin.

- La couleur de la folie (Eric Udéka Noël) : Le patron voit la couleur de la folie, l'aura pourrait-on également nommer cette couleur. Bernar, lui, est son chauffeur depuis des années, totalement dévoué. Grâce à ses dons, le patron parvient à guérir les démences. Les deux hommes voyagent en permanence. Mais cette fois, le patron n'est pas à la recherche d'un fou, mais en route vers son successeur, un petit garçon pris au piège dans un village atteint de démence meurtrière. Idée originale et bien traitée, plaisante à lire de bout en bout.

- Cauchemars (Maniak) : Un homme se réveille dans une chambre inconnue. Des bruits visqueux lui parviennent dont il va chercher l'origine. Dans une salle de bain, il découvre, au fond de la baignoire, une créature rose, une sorte de vers dégueulasse qu'il va laisser là, car les bruits continuent, semblent venir d'en haut. Un cauchemar bien retranscrit avec une chute inattendue.

- Coccinelles (Emilie Querbalec) : Une femme vient d'accoucher et se retrouve un peu perdue devant son nouveau-né. Bientôt, des coccinelles envahissent la chambre, s'attaquent à son fils. Après avoir fait fuir les bestioles, personne ne veut la croire. Petit à petit, la mère s'habitue à l'enfant, mais les coccinelles sont toujours là. Etrange histoire où on ne sait pas vraiment où se situe la folie.

- Le même sang coule dans mes veines (NokomisM) : Une petite fille découvre qu'elle souffre d'une "tare" familiale ancestrale héritée de son père. Ils doivent tuer, ils n'y peuvent rien. Sans être très originale, nouvelle bien écrite.

- Marie-Calice, Missionnire de l'extrême (Nelly Chadour) : Marie-Calice part sauver des âmes dans un festival de musique métal, persuadée que le diable et ses démons se cachent dans ce rassemblement obscène. Sur place, partout, elle voit la manifestation du mal. Il ne faut pas faiblir. Nelly Chadour nous offre une de ses nouvelles pleine d'humour. J'ai bien ri en imaginant la bonne soeur au milieu des métalleux. Texte vif et entraînant.

- La nuit où le sommeil s'en est allé (Cyril Amourette) : Concept dont je raffole. Un jour, sans raison, le sommeil a disparu sur toute la terre. Impossible de s'endormir. Et la lente descente aux enfers commence. Car on ne peut vivre indéfiniment et sainement sans sommeil. Une de mes nouvelles préférées du recueil, le genre de situation surréaliste qui m'accroche toujours.

- Entre-deux (Louise Revoyre) :Difficile à résumer. Un homme qui semble déranger, deux femmes qui ont traversé sa vie, des murs qui ont changé sa vie. Pas trop accroché parce que je n'ai pas vraiment tout compris.

- La convenance de la bête (Leith) : Une catastrophe terrible est annoncée depuis un moment. Des mesures ont été prises par le gouvernement : lorsqu'elle arrivera, tous descendront dans des abris. Pierre y a sa place. Mais voilà, lorsque la sirène retentit, Pierre est bloqué dans les toilettes et n'arrivent pas à en sortir. Pour s'en tirer, il n'a qu'une solution, se souvenir. Apprécié, même si j'ai deviné dès le début vers quoi on se dirigeait.

- C15 (Herr Mad Doktor) : A New York, on a instauré le C15, 15 minutes par mois qui tombent soudainement et où l'on peut faire tout ce que l'on veut. Jonathan est européen et se trouve sur place pour faire un article. Sympa comme idée qui m'a rappelé un film que je n'ai pas vu, mais dont la bande annonce évoquait une nuit par an où l'on peut faire tout ce que l'on veut (et j'ai oublié le titre).

- Jour gras (Southeast Jones) : Des disparitions dans un petit village paumé. André et sa femme Simone qui ont perdu leur fils quelques temps auparavant dans un accident. Un flic qui vient enquêter. J'ai vite compris où on allait, ce qui ne m'a pas empêchée d'apprécier ma lecture.

- Le maître des bélougas (Julie Conseil) : Dans un hôpital psychiatrique, un nouveau vient d'arriver, Niels. Il affirme au narrateur de l'histoire qu'il va repartir vers une autre dimension où il est le roi. Pour ça, il lui faut de l'électricité. Et puis, pourquoi le narrateur ne le rejoindrait-il pas dans son monde. Une histoire qui montre bien certaines folies (ou du moins l'image qu'on peut en avoir). Avec une bonne fin. Bonne lecture.

- La maman de Martin (Morgane Caussarieu) : Martin adore sa maman, il ne vit que pour elle. Celle-ci l'a adopté, mais peine à avoir une vraie relation avec lui. Souvent dépressive, elle passe de l'affection à la colère. Lorsque son mari la quitte, sa dépression s'amplifie et un lien plus fort s'installe entre mère et fils. Jusqu'à ce qu'un nouvel homme entre dans sa vie, un rival pour le gamin. Bonne histoire sur la relation mère-enfant, avec une touche de fantastique pour épicer.

- Europe (Pénélope Labruyère) : Une expédition s'est posée sur le sol d'Europe. Très vite des phénomènes étranges apparaissent, les astronautes ont des visions de créatures étranges qui leur demandent de partir. Mais la mission avant tout. Un récit de science-fiction, c'est cool, ça change et c'est bien écrit, on ne boude pas son plaisir. Dans mes nouvelles préférées de l'anthologie.

- Sanguines (Adam Roy) : Un jour, il y a longtemps, la lune est devenue pourpre et des pluies sanglantes ont commencé. Le phénomène a entraîné la fin des hommes l'un après l'autre. Seules restent des femmes qui ont tenté jusqu'au bout du dernier homme de tomber enceinte. Sans succès. Jusqu'à ce qu'Ava annonce attendre un heureux événement. Ava peut-elle redonner naissance à l'humanité ? Beaucoup aimé aussi ce post-apo. Sur mon podium.

- Transfert (Julien Heylbroeck) : Beaucoup de difficultés à suivre cette histoire, je m'embrouillais trop dans le dialogue. Qui parlait à tel moment ? Les deux protagonistes se ressemblaient trop. Du coup, j'ai eu du mal à apprécier ma lecture. Pourtant cette conversation entre un toubib et un patient est assez vive, mais voilà, je ne suis pas rentré dedans.

- Les soupirs du voyeur (Corvis) : Le protagoniste est un impuissant. Malgré tous les médecins, le diagnostic est clair, jamais il ne bandera. Mais la nuit, depuis peu, il rêve d'ébats très chauds. Il rencontre des tas de femmes différentes, dans des tas de situation. Jusqu'au jour où il se rend compte qu'il partage la tête d'un libertin forcené aux fantasmes nombreux. Parfois le narrateur est honteux de ce qu'ils ont fait la nuit. Mais qui peut-il ? Il n'a pas le pouvoir, et c'est si bon. Aussi dans mon top, même si j'avais un peu deviné la fin.

- Le décalage (Ludovic Klein) : Le quotidien du narrateur qui essaie de se reconstruitre après un enfermement psychiatrique. Sympa, bien écrit, belle description de la psyché du héros, mais il me manque un petit quelque chose pour m'emporter vraiment.

Une anthologie agréable à lire, de bons textes dont certains que j'ai beaucoup aimé. Mais aucun n'est mauvais, tous ont quelque chose qui ne fait pas regretter sa lecture.

 

Blood-sex n° 2 (Necrorian)

Blood-sex fut mon premier gore et j'avais beaucoup aimé. Dans cette suite, on retrouve Vanessa échappée d'un asile psychiatrique en compagnie de Fabien, un autre dégénéré. Ils trouvent refuge dans le bayou, endroit déjà bien sordide qui va le devenir encore plus avec le passage des deux psychopathes. Après le meurtre d'une pute noire et de son vieux compagnons, le sheriff Westwood enquête tout en tentant de prévenir toutes les familles isolées de la région.

Niveau gore, le bouquin fait le boulot, on en a clairement pour son argent, ça gicle de tous les côtés, et question sexe, pareil, ça gicle aussi, parfois les deux en même temps. Peut-être un peu moins maîtrisé que le premier opus, il se laisse lire malgré tout très agréablement. Niveau personnages, aucun n'est réellement attachant, ce qui fait qu'on garde du recul et que leur sort ne nous affecte pas. Ils sont tous là, au fond, pour servir de chair à canon.

Symphonie pour l'enfer (Alain Venisse)

Après un prologue où un jeune voleur à la tire fait le mauvais choix de rapt et termine dans le néant, on découvre Gary, chineur amoureux de vieux vinyles ayant repéré une boutique jusqu'alors inconnue. A l'intérieur, il découvre une partition qu'il ne peut s'empêcher d'acheter alors même qu'il ne connaît rien au solfège. Le soir, avec son amie Lucie, il se rend chez son ami Carlos où à l'étonnement général, il se révèle capable de jouer la mélodie. L'air qui s'échappe de l'instrument est tellement dérangeant que Lucie l'interrompt et sort Gary d'une sorte de transe. Petit à petit, le jeune homme tombe sous l'emprise de la partition. La jouer a un but qu'il n'a de cesse de vouloir découvrir.

Une inspiration lovecraftienne pour ce roman puisqu'on y découvre Cthulu et autres grands anciens, mais je ne peux en dire plus sur l'influence puisque je n'ai jamais lu Lovecraft. En tout cas, l'histoire est plaisante à lire, suffisamment entraînante que pour garder les yeux sur le livre jusqu'au bout. La fin en forme de boucle conclut pas trop mal le récit, même si j'aurais espéré un dénouement moins convenu.

Maraudeur (Laurent Fétis)

Samir est un flic mis, depuis cinq ans, sur une voie de garage à la suite d'une interpellation qui a mal tourné. Premier à répondre à la découverte du cadavre d'une anglaise, on le laisse sur l'affaire. Peu d'indices, peu de témoins, l'enquête n'avance que lentement. Mais Samir est obstiné, et c'est pour lui l'occasion de retrouver le terrain, et peut-être d'y rester ensuite. L'affaire semblant mettre en cause un taxi, ce sera aussi l'occasion pour lui de renouer avec Ronan, son ancien partenaire, blessé par une de ses balles cinq ans plus tôt.

Dans cette histoire, on a l'impression de regarder le travail des policiers comme il doit souvent se passer, pas d'esbrouffe dans l'enquête, pas de grandes actions, juste avancer petit à petit par des recoupements, des témoignages anodins, quelques intuitions, des fausses pistes. C'est là que j'ai apprécié ma lecture. Un bouquin plaisant donc.

La femme de papier (Françoise Rey)

La femme de papier est un roman érotique/porno, il n'y a pas à en douter. L'intrigue commence par le constat fait par une femme sur son couple prêt à se dissoudre. Mais elle ne peut s'empêcher d'écrire une première lettre à son amant, une lettre où elle ose se livrer à des mots érotiques. L'amant intrigué entre dans le jeu. S'ensuit une série de scènes de cul des plus variées. On visite à peu près tout, sm, scatophilie, prostitution, zoophilie...

Le livre est bien écrit et nombre de scènes sont excitantes. Je ne peux pas trop juger de l'originalité de l'ouvrage, n'ayant que peu de points de comparaison. D'un point de vue négatif, je n'ai plus trop su après les deux trois premières lettres si elle continuait à écrire à son amant, ou si elle racontait simplement leurs faits d'arme. J'ai aussi eu l'impression, assez souvent, d'histoires distinctes accolées l'une derrière l'autre. Je veux dire que les personnages ne se ressemblaient pas toujours par exemple, ou que certains détails clochaient dans la trame.

Ai-je aimé ma lecture ? Question difficile. Par moment oui, pas de doute, l'écriture est entraînante. A d'autres non. J'ai très difficile avec les scènes de "violence". Oui, je sais, j'ai écrit Greta et des tas d'autres textes durs, sanglants et pornographiques, sûrement plus hard par certains côtés que La femme de papier, mais dans mes textes, il n'y a que la violence, il n'y a pas le plaisir, et les rares fois où il y a plaisir, il est mêlé de folie. Ici, la violence est acceptée par la femme comme une preuve d'amour, et ça, pour moi, ça reste très difficile à accepter. Il ya un aspect "vrai" qui passe mal chez moi. La violence faite à la femme me révulse tout simplement, même si celle-ci l'accepte.