Dimension TRASH par Ninik

Une nouvelle chronique de Dimension TRASH. Avec un joli petit commentaire sur "Je suis méchante" qui me fait très plaisir.


Le but de Dimension Trash n'est pas que de proposer une série d'histoires d'horreur extrêmes. Trash fait en effet autant référence au côté sanglant et sauvage des récits qu'à cette petite maison d'édition qui se proclame ouvertement descendante de la Collection Gore de chez Fleuve Noir. Cette dernière offre aux amateurs, depuis quelques temps, des livres qui sont tout autant de dignes descendants de Gore que possédant leur identité propre. Dimension Trash se veut ainsi un joli pont entre Gore et Trash Editions, et le prouve avec les noms convoqués pour participer à l'aventure. Ainsi, David Didelot, auteur d'un ouvrage décortiquant la mythique collection Gore de Fleuve Noir, s'occupe de la préface, et explique de manière passionnante ce qui anime Rivière Blanche ici, et parle avec pertinence de Gore et de Trash. Indispensable, autant pour les connaisseurs que pour d'autres qui découvriraient. 
Passé cette introduction, de nombreux auteurs, certains œuvrant chez Trash, d'autres étant d'ancien du Gore (parfois des deux) proposent des textes plus ou moins courts, mais d'une rare cohérence, très peu étant oubliables. Parmi ceux-ci, Schweinhund, grand nom de Trash, est comme toujours convoqué à l'exercice, mais livre encore une fois des textes présomptueux, jouant tellement sur la forme qu'il en oublient le fond (comme dans son roman Bloodfist, seul ratage de la première salve de Trash Editions). 
Christian Vilà surprend avec Splash ! Sous couvert d'une invasion extra-terrestre délicieusement immonde, il bascule sans prévenir dans une histoire de tueur en série vieillissant et complètement fou. Cette histoire ouvre le bal, et est emblématique de la démarche. En effet, les auteurs sont là pour écrire de l'horreur extrême, souvent sanglante, n'hésitant pas à ajouter de l'érotisme dérangeant au milieu de l'horreur et du sang, mais ils veulent aussi surprendre, déstabiliser, prendre le lecteur aux tripes et ne plus les lâcher. Dimension Trash est un ouvrage passionnant, à ne pas mettre dans les mains d'un lecteur sensible, mais l'amateur d'horreur extrême ne peut qu'adorer. 
Brice Tarvel, connu pour ses thrillers violents, prend lui-aussi à contre-pied les attentes du spectateur, en positionnant, avecKotok, un personnage principal violent, tueur en série qui prend en stop une gamine dont il entend bien faire son quatre-heure. Là encore, difficile de ne pas écarquiller les yeux face au retournement de situation (que je ne peux décemment pas révéler) qui fait basculer l'ouvrage dans l'immonde et le malsain le plus sordide, la plume de Tarvel nous aidant à aller toujours plus loin. Sarah Buschmann avec Tranche de nuit opte pour un récit qui pourrait être classique (un tueur en série enlève une nana paumée, qui découvre qu'elle veut vivre et va tout faire pour s'en sortir) sans la conclusion, d'une ironie mordante, enlevant tout espoir au lecteur. 
Tous les genres se retrouvent ici, le but étant de faire dans l'extrême. Nous avons beaucoup de thriller, bien entendu, mais Julien Heylbroeck, par exemple, propose du post-apocalyptique bien immonde avec Junkfood Rampage. Horreur post-nucléaire, cannibalisme et rats géants se mélangent pour créer une histoire qui repousse magnifiquement les limites, comme cette séquence de sexe entre infectés, l'auteur prenant un malin plaisir à décrire bubons et autres immondices couvrant le corps des participants. Brillant.
Romain d'Huissier, qui aime les ambiances asiatiques, nous envoie avec La Veuve écarlate dans le monde des films de chevalier chinois, avec un mélange de fantastique, de torture-porn et d'érotisme sauvage avec une grande maîtrise et une superbe plume.
Nelly Chadour s'en va explorer l'Histoire, et le fait sans concession, allant effroyablement loin dans l'horreur et le malsain, et pourtant, la fin de l'histoire ne peut laisser indifférent, entre surprise, consternation et horreur.
Zaroff avec Zomb'short raconte 8 très courtes histoires de zombis, qui pourraient être connectées, contant la même invasion zombiesque de plusieurs points de vue, et arrive à changer d'ambiance dans chaque histoire, jusqu'à choquer le lecteur. Gilles Bergal, avec Nouvelle vie, parle lui aussi de zombie, mais de manière déstabilisante puisque le héros en est un, nouvellement créé. Le style s'adapte aux pensées de son personnage principal avec une grande intelligence et parvient à nous faire plonger dans sa psyché, mais n'oublie pas pour autant de surprendre, grâce à une fin ironique et déstabilisante. 
Robert Darvel, déjà auteur de Nécroporno chez Trash Editions, offre une histoire délicieusement cinéphile, puisque ses protagonistes sont embauchées par l'auteure de 50 nuances de Grey pour tuer Joe d'Amato, en plein tournage de sonAnthropophagous. Les choses ne se déroulent pas bien, et finalement le couple engagé finira dans le film du réalisateur italien lors d'une séquence repoussant les limites de l'immonde en terme de torture. L'histoire, pleine de références pour l'amateur de cinéma d'horreur, va extrêmement loin dans le macabre, pour le plus grand plaisir du lecteur. 
Parmi les autres surprises, Catherine Robert, avec Je suis méchante, raconte l'histoire d'une enfant qui découvre certaines pulsions malsaines. Le style est adapté à son personnage, mais, au-delà de ce côté faussement niais, le lecteur découvre une indicible horreur, une noirceur effroyable, et plonge dans la psyché de ce personnage jusqu'à une conclusion certes prévisible mais sans concession. Cette histoire, un des grands moments du livre, n'égale pourtant pas le meilleur morceau de l'ouvrage, écris parCorvis, membre des Artistes fous associés venu se compromettre dans le Trash et prouvant qu'il n'a rien à envier aux auteurs plus connus du roman. En effet, son Une heure à tuer est autant une histoire intelligente (la fin est pleine de surprise) qu'un morceau de torture porn effroyablement extrême (Grotesque, film d'horreur extrême qui avait voulu montrer que les Japonais maîtrisaient le torture-porn comme personne, à côté, c'est du Disney) qui mélange érotisme et violence malsaine en diable. L'histoire, écrite du point de vue de la personne torturée, est magnifique, plongeant le lecteur dans les pensées de cet homme violenté, les sévices sont malsains et intelligents, et ne reculent devant aucune abomination. Un grand moment qu'on peut difficilement oublier. 
Dimension Trash est ainsi un magnifique recueil de nouvelles plein de surprise, de sang, de violence, de sexe. L'amateur d'horreur extrême ne peut qu'apprécier la démarche, et cela lui donnera envie de partir à la découverte de Trash Edition, empli d’œuvres aussi malsaines que les histoires contées ici.

Et le lien qui va bien : http://theimaginarium.forumactif.org/t144p60-editeur-riviere-blanche

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