TRASH

Mes chroniques des romans des éditions TRASH.

Lumpen (Janus)

Janus nous dépeint les histoires parallèles du sale nègre et du licencié de Pétronum, une usine qui ferme ses portes. Le premier tue des vieilles dames pour leur piquer leur fric tout en espérant la gloire avec sa voix merveilleuse, le deuxième sombre après avoir tout perdu, sa femme, sa fille, son boulot, sa santé. Le ton est froid et désespéré, le style en phrases courtes, avec peu de ponctuation, en répétitions, accentue l'impression d'étouffement, on a le sentiment qu'il n'y a absolument aucun espoir, aucune échapatoire, rien du tout à quoi s''accrocher dans le monde décrit. Les personnages n'ont pas de noms, ils pourraient être n'importe qui, le voisin, le collègue, une célébrité, soi-même, parti-pris qui renforce encore la noirceur du récit et le malaise ressenti. Seule Maeva, star de télé-réalité, a le privilège d'être nommée et Maeva n'est rien, juste une bouche qui suce, un reflet du vide sociétal.

Le livre est bon, très bon, une de mes meilleures lectures TRASH, et je les ai toutes aimées, c'est dire. Il fait partie des oeuvres les plus sombres de l'éditeur, pas seulement par ses scènes gores ou X, car d'autres bouquins font pires, mais par son ton. Il m'a plus marquée que "Nuit noire" ou "Murderprod". Je le conseille vraiment à tous ceux qui recherchent les trucs les plus extrêmes.

Bayou (Zaroff)

Zaroff, c'est le gore amusant, les répliques cocasses, les situations amusantes. Quand on le lit, on se marre. Bayou est donc très divertissant et, à mon avis, l'auteur fait plus fort qu'avec son premier opus, "Night stalker" (pourtant déjà bien bon), son style s'est encore amélioré, la structure du récit est plus solide, la plume plus décontractée, plus vive, et plus relâchée.

Zaroff s'est fait plaisir en écrivant, et ça se sent. De scènes improbables en scènes porno, il a pris son pied. Le résultat est jouissif, même si le cul est un peu trop présent (quoique ça ne m'ait pas dérangée, difficile à expliquer, mais ça va avec le récit), et si la fin me semble moins solide dans sa structure (des détails, mais qui enlèvent un peu du réalisme). J'ai aussi adoré les deux dernières pages du bouquin, fallait y penser.

Bref, du Zaroff, drôle, direct, imaginatif, et percutant. Une lecture qui devrait plaire à beaucoup.

Dimension Trash (anthologie présentée par Artikel Unbekannt et Julien Heylbroeck)

Préface de David Didelot : beaucoup ne lisent pas les préfaces, les trouvent ennuyeuses. Moi, j'aime bien, j'y apprends des choses. Ici, on a de la nostalgie, de l'admiration et de la marche en avant. Anciens et nouveaux auteurs du rouge qui tache sont mis à l'honneur. Très sympathique à lire.
Christian Vilà : Splash ! : une touche sf, une touche sociale, une touche scabreuse, et un ensemble bien rouge dégueu comme on aime.
Adolf Marx : Épilogue du " Vivre ensemble " : entre hallucinations et réalités, on cherche où se situe la vérité, et au final, on s'en fout, on ne garde que la violence.
François Darnaudet : Femmes, plantes et autres machines cruelles : un monde sans repères, on entre dans cinq petites situations avec ou sans rapports entre elles, on prend ce qui se passe et on repart. Moi, j'aime.
Brice Tarvel : Kotok : une rencontre entre Kotok, malabar un peu détraqué, et Gribiche, petite fille haute en couleurs. Et rien ne se passe comme prévu. Drôle et plaisant à lire.
Cancereugène : Descente d'organes : l'enfer arrivant sur terre. Très organique, un récit de ruminations mentales par un être impossible.
Julian C. Hellbroke : Junkfood rampage : un récit post-apocalyptique avec des survivants, des livres et puis des rats, et j'aime pas les rats, mais j'ai aimé l'histoire bien sûr.
Romain D'Huissier : La veuve écarlate : de la Chine, donc du dépaysement et de l'originalité, mais bien rouge à souhait.
Zaroff : Zomb's short : Zaroff nous a concoté huit récits brefs et directs, huit variations zombiesques. Drôles, déguelasses, parfois tristes, et toujours plaisantes.
Sarah Buschmann : Tranche de nuit : Sarah sait tout le bien que je pense de son texte. Noir, gore, dérangeant, une implacable descente aux enfers qui ne laisse aucun espoir.
Gilles Bergal : Nouvelle vie : quand on a faim, on a faim, et on ferait n'importe quoi pour manger un morceau, même prendre des risques. Tant pis si ça tourne mal.
Robert Darvel : Killing Joe D'Amato : j'aime beaucoup le gore de Robert, très visuel. J'ai presque l'impression de tomber dans un film quand je lis. En plus, c'est amusant, que demander de plus.
Patrice Lamare : Allegro ma non troppo : chef d'orchestre et artistes peu habituels dans une représentation sanglante pour le plus grand plaisir du public, celui du récit et le mien.
Artikel Unbekannt vs Schweinhund : White trash : huit petites perles. Où se cache Schweinhund, où se planque Artikel ? Parfois on se dit qu'on a repéré l'un, ou l'autre, puis on hésite. Qu'importe au fond, parce que le résultat est splendide. Une mention spéciale à la dernière de ces petites merveilles que j'ai trouvée très touchante.
Catherine Robert : Je suis méchante : je ne dirai rien sur la mienne (de nouvelle), je préfère laisser parler d'autres que moi. Mais un vrai plaisir de me retrouver si bien entourée.
Guy Kermen : Gloriole au glory hole : y a de l'humour là-dedans. De l'humour, mais de l'humour noir et porno. Je ne m'attendais pas à la fin, bien trouvée.
Corvis : Une heure à tuer : un titre qui colle bien pour une nouvelle cruelle de bout en bout. Très efficace.
Kriss Vilà : Éventration d'une grenouille : du social, mais du social bien crade, dans un monde de pauvreté et de débrouille, où le sexe et la violence font partie intégrante de la vie. Comme une petite angoisse à la fin, on se dit que c'est bien proche de notre réalité.
Charles Nécrorian : Les immortels : une histoire peu gore, mais divertissante et originale. L'unique texte de science-fiction du recueil, ce qui rajoute à son intérêt.
Nelly Chadour : Sacré gril : l'antiquité et ses atrocités, bien décrite, bien saignante, avec une belle chute.
Christophe Siébert : La vieille : superbe description, toute en détails macabres, froide et inexorable. A lire au petit déjeuner si on veut entamer un régime.
Postface de Sandy Foulon : on peut me dire que ce n'est qu'une présentation des douze premiers TRASH, mais non, c'est plus. C'est bien écrit, ça donne envie si on n'a pas encore découvert la collection.

Quand j'entame une anthologie ou un recueil, je ne m'attends à rien de spécial. Je sais qu'il y aura des textes qui me plairont beaucoup, d'autres un peu moins, voire pas du tout parfois. Mais rien de cela ici, je n'ai eu que le bon, le très bon. A chaque récit, j'ai pris mon pied, pour des tas de raisons. Certains étaient amusants, d'autres froids, ou encore vraiment scabreux, sans oublier quelques uns tirant vers le X, et puis le rouge, celui qu'on attend en ouvrant un ouvrage tel que celui-ci. Toutes les couleurs que peut revêtir le trash se trouvent rassemblées dans ce bouquin. Et toutes ces nouvelles prouvent que le genre est bien plus diversifié qu'on pourrait le penser. Toutes ces nouvelles prouvent que le genre est un genre de qualité, que l'écrivain qui en écrit a une écriture tout aussi exigeante que n'importe quel autre genre.

Pour résumer mon sentiment : des histoires variées, de qualité, pour un réel et bon gros plaisir de lecture.

TRASH par 12

Pour rendre hommage à TRASH qui publie mon roman à sortir en novembre, un survol (très) rapide des 12 premiers titres de la collection.

  • Necroporno (Robert Darvel) : le plus gorifique
  • Pestilence (Degüellus) : le plus historique
  • Bloodfist (Scheinhunnd) : le plus psychologique
  • Silence rouge (Brice Tarvel) : le plus "tranquille"
  • EmoRagie (Brain Salad) : le plus excentrique
  • Night stalker (Zaroff) : le plus humoristique
  • Murderprod (Kriss Vila) : le plus actuel
  • Sous la peau (Nelly Chadour) : le plus féminin
  • Garbage rampage (Julian C. Hellbroke) : le plus policier
  • Charogne tango (Brice Tarvel) : le plus exotique
  • Nuit noire (Christophe Siébert) : le plus extrême
  • Magie rouge (Philippe Ward) : le plus politique

Vous me direz : "ça ne nous apprend rien !" Totalement d'accord avec vous, mais où serait la surprise si je vous en disais trop... Bon, je suis bonne âme, je rajouterais que ces douze romans sont très bons, chacun dans leur style. Et de style, on peut affirmer que chaque brûlot possède le sien. On commence un récit et impossible de savoir ce qu'on va découvrir. Des horreurs bien sûr, y a pas tromperie sur la marchandise, c'est dur, saignant, violent et malsain, mais pour le reste, c'est chaque fois différent.

Des histoires de qualité par un éditeur de qualité. Foncez, vous ne le regretterez pas.

Au fil du temps, je chroniquerai les titres séparément et un peu plus longuement. Patience.