TRASH

Mes chroniques des romans des éditions TRASH.

Charogne tango (Brice Tarvel)

Déjà un moment que je ne suis plus venue parler d'un petit bouquin TRASH. Il est temps de réparer.

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J'ai préféré cet opus à "Silence rouge", le précédent volume trashien de l'auteur (que j'ai apprécié, n'allez pas penser le contraire), plus rouge, plus poussé dans les crimes. Les personnages, surtout, m'ont accrochée. Gonzalo et ses pulsions, Patchouli à moitié dingue, Mouna et son arbalette, l'inspecteur aussi, intriguant et pas net du tout. Et même les personnages plus secondaires comme la mère et les jumelles albinos, ou l'autre mère, tétraplégique et geignarde. Un ensemble de personnages décalés pour un tout qui finit par vous happer.
Ce que je trouve fort, c'est que Gonzalo et Patchouli, ce sont des meurtriers, des gens, donc, détestables, mais impossible, on n'arrive pas vraiment à les détester (surtout Patchouli qui s'avère adorable malgré ses méfaits). Et l'impression, à la fermeture du bouquin, est un poil dérangeante, apprécier ces drôles de gusses alors qu'on préférerait les conspuer.
Je qualifierais "charogne tango" presque comme une romance, mais une romance bien rouge, ce qui la rend très intéressante.

Garbage rampage (Julian Hellbroke)

J'ai lu Garbage rampage, il y a un an déjà. J'en avais posté une critique sur l'Ecritoire. Continuant ma volée de reprise (tous les TRASH termineront ici), je vous la livre par ici.


Tout d'abord, faut savoir que je suis phobique des rats (et accessoirement des souris, mais on s'en fout Rolling Eyes ), donc, j'ai trouvé là un récit pile poil dans ce que je n'aime pas. D'ailleurs, je n'irai jamais chez Julien, il a plein de rats qui courent et je serais bien capable de tomber dans les pommes, qui sait ce qui pourrait m'advenir ensuite entre les petites bêtes et un trasheux.  affraid 
Heureusement, ma phobie ne va pas jusqu'à mes lectures, les rats en mots ne me dérangent que peu.
Et donc, revenons-en au bouquin. C'était bien, c'était même très bien, on entre facilement dans l'histoire, les personnages sont bien campés, l'intrigue se déroule sans temps morts, mais sans non plus aller trop vite, juste calibrée comme il faut. Les bêbêtes sont répugnantes et leurs agissements bien dégueu, comme j'aime dans mes lectures TRASH. Je qualifierais le roman de Julien de roman d'aventures fantastiques agrémenté d'une touche de saleté bienvenue pour faire honneur à la collection.
Une histoire parfaite pour découvrir les éditions TRASH.

Paranoïa (Christophe Siébert)

Après le remarqué "Nuit noire", Christophe Siébert nous revient avec un nouvel opus aussi dérangé/sanglant/halluciné. Tous les protagonistes de l'histoire semblent à la frontière de la folie, et peut-être, le sont-ils. Une sombre machination où des roblots, copies conformes, remplacent les animaux et les humains. Mais où est la réalité ? En tout cas, l'ensemble offre un panorama paranoïaque (d'où le titre) et une vision très sombre de la société. En refermant le livre, on ne sait pas trop où se situe la vérité, mais une chose est sûre, c'est que quelle qu'elle soit, elle n'est pas belle.

Avec Christophe, on est dans la veine dure de la collection (même si tous les romans de la-dite collection sont durs, certains le sont encore plus), celle pour les lecteurs ayant l'estomac bien accroché, le coeur bien en place, et la vessie courageuse.

Un seul petit bémol, le nombre de personnages. Trop peut-être, mais je ne les distinguais pas vraiment les uns des autres. Petit bémol qui ne nuit pourtant pas trop à la lecture.

Carnage (Crazy farmer)

Numéro 19 de l'excellente collection TRASH, "Carnage" m'a beaucoup fait penser aux films mettant en scène des familles dégénérées (peu de titres en tête car je les oublie, mais déjà "massacre à la tronçonneuse" par exemple). Vanessa et Clothilde viennent de se marier et de se payer une petite ferme en ruine dans un coin paumé des Ardennes. Elles sont toutes à leur bonheur lorsqu'elles sont interrompue par l'agent immobilier qui ne pense qu'à les sauter. Sauf que l'excité s'écroule d'une crise cardiaque (ou toute autre attaque du même genre). Et là, un engrenage infernal s'enclenche.

Sexe, découpage de cadavres, viols, débilité vicieuse, et encore bien d'autres sympathiques violences emmènent le lecteur à la suite des deux héroïnes dans leur campagne perdue. Bien prenant comme bouquin, pas des plus original (je n'ai jamais été la plus grande fan du genre "famille à la masse"), mais on a vraiment envie de poursuivre la lecture jusqu'au bout, voir ce que l'auteur réserve de plus à ses personnages. On n'est pas déçu. Un opus tout à fait à sa place chez TRASH.

Sous la peau (Nelly Chadour)

Lu en octobre 2014, je l'avais chroniqué alors sur l'Ecritoire des ombres, voici donc cette chronique.


Encore une belle surprise que cette lecture. Un livre gore bien sûr, mais avec une patte personnelle. On s'attache à Mel, on hait le révérend.
Les scènes trash sont excellentes, certaines sont franchement dégueu, on en a pour notre argent. 
Paradoxalement, la figure de lord Vermin se trouve affaiblie par les réalités crues et cruelles de notre monde. Ou le but de l'auteure était-il de justement nous montrer qu'il n'est nul besoin d'aller chercher dans l'irréel l'horreur la plus violente, l'humain relèvant sans mal ce défi.
Bref, une très bonne lecture pour moi (et de quatre et chaque fois un plaisir).

Je tiens à préciser. J'aime mieux un gore totalement ancré dans notre réalité et sans touches fantastiques, mais ici, bizarrement, lord Vermin ne m'a pas du tout gêné. Au contraire, je trouve sa présence légitime et opportune. Il renforce l'horreur de la partie réelle. Peut-être est-ce parce que je l'ai vu sous l'angle d'une confrontation en miroir entre réel et fantastique pour appuyer l'horreur du réel, parce que normalement, je devrais préférer qu'il ne soit pas là.
Donc, l'auteur qui a réussi à me faire voir les choses ainsi, je ne peux qu'applaudir.
Finalement, le seul (petit) reproche que je ferais au bouquin, c'est trop de personnages. Jusque la fin, j'ai réussi à m'embrouiller entre certains. Cela-dit, ça ne m'a pas plus gêné que ça dans ma lecture et ça ne m'a certainement pas empêché de l'apprécier cette lecture.

Murderprod ((Kriss Vilà)

Ma chronique de l'époque après la lecture de Murderprod, un bon roman glauque et malsain, noir et sanglant, pervers et abject.


Un bien sympathique roman que voilà (enfin pour les amateurs de dur de chez dur surtout).
Kriss Vila ne nous épargne rien et c'est très bien. Le bougre est même arrivé à me mettre parfois un peu mal à l'aise (et c'est un vrai compliment parce qu'il m'en faut beaucoup). J'ai trouvé que cet opus TRASH était, sur mes neuf lectures actuelles, le plus poussé, le plus froid, le plus clinique. Alors, même si sur la construction, j'ai quelques (légers) bémols, sur le fond, je n'ai pas pu lâcher le livre avant la fin.
Murderprod, c'est bon, c'est très bon. Du comme ça, j'en redemande.

Nigth stalker (Zaroff)

Qu'avais-je donc raconté après lecture de Night stalker vers août 2014 ? Pas grand chose. Pour être exacte, ceci :

"Donc,... c'est du Zaroff. Précis, direct, trash et gore. On suit le taré avec plaisir jusqu'au bout de son périple, témoin de ses crimes plus sanglants les uns que les autres pour terminer sur un faux happy-end de très bonne facture."

C'était quand même fort court. Alors, que pourrais-je rajouter. Night stalker est un roman vif et rythmé dans lequel il n'y a pas de temps morts. Les personnages sont typés, amusants ou attachants, antipathiques ou horrible, voire étonnants, palme à l'adjoint, benêt aux moeurs qui m'ont filé une bonne barre de rire. Ah ça, la scène des chip's, je ne l'ai toujours pas oubliée. C'est un gore humoristique presque, mais cela n'empêche pas le bon sang bien poisseux, les meurtres bien gratinnés, ou le sexe bien déviant. Une très bonne lecture donc.

EmoRagie (Brain Salad)

Ma petite chronique du roman de Brain Salad qui date d'avril 2015.

Aux premières lignes, je fus dubitative. Cela me fit craindre une histoire un peu dans l'excès. Mais ça n'a pas duré. Parce que le récit est maîtrisé, chaque élément trouve sa place pour petit à petit former un puzzle intéressant et prenant. Et que dire des personnages, tous plus inventifs les uns que les autres.
Brain.Salad a une sacrée imagination, mais il la contrôle parfaitement afin que toutes les pièces soient exactement comme elles doivent être, c'est à dire là où il faut et quand il faut.

C'était un livre très intéressant et très plaisant à lire. Vraiment différent des autres TRASH que j'ai lu. Comme je l'ai déjà mentionné à plusieurs reprises, c'est une des forces de la collection cette diversité. Quand on ouvre un bouquin TRASH, on ne sait pas à quoi s'attendre, ni dans quoi on va s'engager. Cela participe à l'envie de découvrir tous les titres.

Dimension TRASH par Ninik

Une nouvelle chronique de Dimension TRASH. Avec un joli petit commentaire sur "Je suis méchante" qui me fait très plaisir.


Le but de Dimension Trash n'est pas que de proposer une série d'histoires d'horreur extrêmes. Trash fait en effet autant référence au côté sanglant et sauvage des récits qu'à cette petite maison d'édition qui se proclame ouvertement descendante de la Collection Gore de chez Fleuve Noir. Cette dernière offre aux amateurs, depuis quelques temps, des livres qui sont tout autant de dignes descendants de Gore que possédant leur identité propre. Dimension Trash se veut ainsi un joli pont entre Gore et Trash Editions, et le prouve avec les noms convoqués pour participer à l'aventure. Ainsi, David Didelot, auteur d'un ouvrage décortiquant la mythique collection Gore de Fleuve Noir, s'occupe de la préface, et explique de manière passionnante ce qui anime Rivière Blanche ici, et parle avec pertinence de Gore et de Trash. Indispensable, autant pour les connaisseurs que pour d'autres qui découvriraient. 
Passé cette introduction, de nombreux auteurs, certains œuvrant chez Trash, d'autres étant d'ancien du Gore (parfois des deux) proposent des textes plus ou moins courts, mais d'une rare cohérence, très peu étant oubliables. Parmi ceux-ci, Schweinhund, grand nom de Trash, est comme toujours convoqué à l'exercice, mais livre encore une fois des textes présomptueux, jouant tellement sur la forme qu'il en oublient le fond (comme dans son roman Bloodfist, seul ratage de la première salve de Trash Editions). 
Christian Vilà surprend avec Splash ! Sous couvert d'une invasion extra-terrestre délicieusement immonde, il bascule sans prévenir dans une histoire de tueur en série vieillissant et complètement fou. Cette histoire ouvre le bal, et est emblématique de la démarche. En effet, les auteurs sont là pour écrire de l'horreur extrême, souvent sanglante, n'hésitant pas à ajouter de l'érotisme dérangeant au milieu de l'horreur et du sang, mais ils veulent aussi surprendre, déstabiliser, prendre le lecteur aux tripes et ne plus les lâcher. Dimension Trash est un ouvrage passionnant, à ne pas mettre dans les mains d'un lecteur sensible, mais l'amateur d'horreur extrême ne peut qu'adorer. 
Brice Tarvel, connu pour ses thrillers violents, prend lui-aussi à contre-pied les attentes du spectateur, en positionnant, avecKotok, un personnage principal violent, tueur en série qui prend en stop une gamine dont il entend bien faire son quatre-heure. Là encore, difficile de ne pas écarquiller les yeux face au retournement de situation (que je ne peux décemment pas révéler) qui fait basculer l'ouvrage dans l'immonde et le malsain le plus sordide, la plume de Tarvel nous aidant à aller toujours plus loin. Sarah Buschmann avec Tranche de nuit opte pour un récit qui pourrait être classique (un tueur en série enlève une nana paumée, qui découvre qu'elle veut vivre et va tout faire pour s'en sortir) sans la conclusion, d'une ironie mordante, enlevant tout espoir au lecteur. 
Tous les genres se retrouvent ici, le but étant de faire dans l'extrême. Nous avons beaucoup de thriller, bien entendu, mais Julien Heylbroeck, par exemple, propose du post-apocalyptique bien immonde avec Junkfood Rampage. Horreur post-nucléaire, cannibalisme et rats géants se mélangent pour créer une histoire qui repousse magnifiquement les limites, comme cette séquence de sexe entre infectés, l'auteur prenant un malin plaisir à décrire bubons et autres immondices couvrant le corps des participants. Brillant.
Romain d'Huissier, qui aime les ambiances asiatiques, nous envoie avec La Veuve écarlate dans le monde des films de chevalier chinois, avec un mélange de fantastique, de torture-porn et d'érotisme sauvage avec une grande maîtrise et une superbe plume.
Nelly Chadour s'en va explorer l'Histoire, et le fait sans concession, allant effroyablement loin dans l'horreur et le malsain, et pourtant, la fin de l'histoire ne peut laisser indifférent, entre surprise, consternation et horreur.
Zaroff avec Zomb'short raconte 8 très courtes histoires de zombis, qui pourraient être connectées, contant la même invasion zombiesque de plusieurs points de vue, et arrive à changer d'ambiance dans chaque histoire, jusqu'à choquer le lecteur. Gilles Bergal, avec Nouvelle vie, parle lui aussi de zombie, mais de manière déstabilisante puisque le héros en est un, nouvellement créé. Le style s'adapte aux pensées de son personnage principal avec une grande intelligence et parvient à nous faire plonger dans sa psyché, mais n'oublie pas pour autant de surprendre, grâce à une fin ironique et déstabilisante. 
Robert Darvel, déjà auteur de Nécroporno chez Trash Editions, offre une histoire délicieusement cinéphile, puisque ses protagonistes sont embauchées par l'auteure de 50 nuances de Grey pour tuer Joe d'Amato, en plein tournage de sonAnthropophagous. Les choses ne se déroulent pas bien, et finalement le couple engagé finira dans le film du réalisateur italien lors d'une séquence repoussant les limites de l'immonde en terme de torture. L'histoire, pleine de références pour l'amateur de cinéma d'horreur, va extrêmement loin dans le macabre, pour le plus grand plaisir du lecteur. 
Parmi les autres surprises, Catherine Robert, avec Je suis méchante, raconte l'histoire d'une enfant qui découvre certaines pulsions malsaines. Le style est adapté à son personnage, mais, au-delà de ce côté faussement niais, le lecteur découvre une indicible horreur, une noirceur effroyable, et plonge dans la psyché de ce personnage jusqu'à une conclusion certes prévisible mais sans concession. Cette histoire, un des grands moments du livre, n'égale pourtant pas le meilleur morceau de l'ouvrage, écris parCorvis, membre des Artistes fous associés venu se compromettre dans le Trash et prouvant qu'il n'a rien à envier aux auteurs plus connus du roman. En effet, son Une heure à tuer est autant une histoire intelligente (la fin est pleine de surprise) qu'un morceau de torture porn effroyablement extrême (Grotesque, film d'horreur extrême qui avait voulu montrer que les Japonais maîtrisaient le torture-porn comme personne, à côté, c'est du Disney) qui mélange érotisme et violence malsaine en diable. L'histoire, écrite du point de vue de la personne torturée, est magnifique, plongeant le lecteur dans les pensées de cet homme violenté, les sévices sont malsains et intelligents, et ne reculent devant aucune abomination. Un grand moment qu'on peut difficilement oublier. 
Dimension Trash est ainsi un magnifique recueil de nouvelles plein de surprise, de sang, de violence, de sexe. L'amateur d'horreur extrême ne peut qu'apprécier la démarche, et cela lui donnera envie de partir à la découverte de Trash Edition, empli d’œuvres aussi malsaines que les histoires contées ici.

Et le lien qui va bien : http://theimaginarium.forumactif.org/t144p60-editeur-riviere-blanche

Dimension TRASH par Sébastien

Une belle critique de l'anthologie.


Nostalgie, nostalgie. Impossible d'évoquer les années 80 sans avoir un souvenir ému pour la mythique collection Gore.

A une époque où l'horreur moderne commençait à peine à rentrer dans les mœurs, voilà que Fleuve Noir jetait un sacré pavé dans la mare éditoriale française, inondant les librairies et les stations-services de livres de poches bon marchés, ornés de couvertures répugnantes (et d'un logo baveux reconnaissable entre tous) qui, à raison de deux titres par mois, firent les plaisirs coupables des lycéens qui se les échangeaient en cachette entre deux VHS de Zombie ou de Cannibal holocaust.

En marge du succès plus mainstream d'un Stephen King, Gore revendiquait fièrement l'amour du sang et de la tripe à l'air, au grand dam des parents d'élèves et de la critique, fustigeant le mauvais goût assumé des contenus autant que les mises en formes (mauvaises traductions, manuscrits parfois mutilés...), griefs souvent justifiés, il faut bien le dire. Considérée par certains amateurs eux-même comme le fond du panier, la création de  Daniel Riche fit néanmoins son petit bonhomme de chemin, avec plus d'une centaine de titres entre avril 1985 et juillet 1990, date à laquelle le public s'en détourna définitivement pour lui préférer une forme de fantastique plus respectable.

L'horreur, on le sait par bien des exemples, n'a jamais marché en France. C'est donc dans ce vide sidéral que la défunte Gore s'est imposée avec le temps et presque par défaut comme l'une des tentatives les plus marquantes dans le genre, donnant une (relative) notoriété à des auteurs bien de chez nous comme Corsélien, Joël Houssin, Michel Honaker et bien d'autres. On commençait à peine à déceler une authentique spécificité nationale, détachée peu à peu du modèle dominant anglo-saxon, et qui citait Simenon, Bataille, Céline ou Sade comme modèles à suivre. Restait que, privés de la maison-mère, on était en peine d'intégrer à un courant fort tous ces créateurs marginaux, désormais dispersés aux quatre vents ou sombrant dans l'oubli.

La création de Trash éditions en juin 2013 est venue combler un manque. Reprenant les affaires là où Gore les avait laissées, cette nouvelle et incroyable collection en radicalise la démarche. Même logo, même format, même cahier des charges mais pour une qualité bien supérieure, à la fois dans la forme et dans le fond, même si le but reste identique : faire vomir le lecteur à coups de romans infects pulvérisant tous les tabous en matière de bienséance. Sauf que depuis les années 80, la donne a changée. Les nouveaux auteurs ne donnent plus dans l'approximation mais ruent dans les brancards, abordant des thèmes jusque-là inédits et surtout déployant des audaces stylistiques que leurs prédécesseurs étaient loin d'atteindre. Trash éditions est ainsi devenu en à peine deux ans un laboratoire expérimental passionnant où se concocte une littérature monstrueuse et mutante, parfois fort éloignée des simples bouquins de gare d'autrefois.

 Et quelle meilleure entrée en la matière que cette superbe anthologie Dimension Trash. Publiée chez les amis de Rivière Blanche, transfuge de Fleuve Noir comme le nom l'indique, elle représente un panel exhaustif de l'écurie actuelle, présentant plus d'une vingtaine de nouvelles et autant d'auteurs. On y retrouve quelques vétérans de Gore comme Gilles Bergal, François Darnaudet, Charles Nécrorian, Patrice Lamare ou Christian Vilà et surtout pas mal de nouveaux, dissimulés derrière des pseudonymes pas possibles et dont certains précédents romans ont déjà marqués les esprits : Julien Heylbroeck (à qui l'on doit le fabuleux Pestilence), Zaroff (Night stalker) et même un certain Adolf Marx (Ha ha !) qui sous le nom de Janus avait livré avec Lumpen une des meilleures sorties de la collection. Alors, bien sûr, ces messieurs-dames ne donnent pas dans la dentelle. Ici, c'est viols de cadavres, dégustations de cerveaux et de viscères, supplices divers et variés, putréfactions et explosions d'organes décrites avec force détails chirurgicaux, le tout recouvert d'une couche bien épaisse de sexe déviant et de pornographie dégueulasse. Pas forcément le cadeau idéal pour la Saint-Valentin ou la fête des mères, donc. Mais ce qui frappe, c'est l'extraordinaire diversité des textes proposés, à la fois dans les tons et les genres : science-fiction, récit historique, hommage au cinéma bis, polar urbain, chronique sociale, littérature expérimentale post-Burroughs... Chaque plume apporte sa couleur particulière, avec parfois des moments de virtuosité confondants. En témoigne notre coup de cœur personnel : White trash, nouvelle signée Artikel Unbekannt & Schweinhund, sorte de foire aux atrocités ballardienne à la limite de l'abstraction, qui démontre si besoin était que le genre peut aller BEAUCOUP plus loin que le formatage actuel ne le laisse soupçonner. D'une manière générale, on peut trouver ici deux courants, l'un privilégiant une approche ludique et très série B (avec ici le savoureux hommage Killing Joe D'Amato signé Robert Darvel), l'autre au contraire une démarche réaliste et teintée de critique sociale (Christophe Siébert avec La vieille). A chacun d'y trouver son compte dans cet éventail qui dévoile, mine de rien, tout un pan insoupçonné de la fiction française. A ceux qui, depuis des années, cherchent en vain le Graal horrifique version camembert, on ne saurait trop recommander cette anthologie miraculeuse. Quant à ceux qui, tout simplement, s'ennuient à mourir devant la platitude et la morosité de nos consternantes rentrées littéraires, nous leur conseillons d'entrer, à leurs risques et périls, dans ces pages de chair et de sang. Ne cherchez pas plus loin : le meilleur est là.

Sébastien

Et le lien qui va bien : http://superflux-webzine.fr/lire/dimension-trash

TRASH par Sékateur

Une belle chronique tout autant que rétrospective des dix-huit titres parus chez TRASH. Et pour garder le beau visuel de l'article avec les petites photo qui vont bien pour chaque roman, pour une fois, je ne fais pas un copier-coller, mais je vous file le lien :

https://lapelliculebrule.wordpress.com/2016/04/12/trash-editions-dissequees-par-sekateur/

Mais j'en fais quand même un de copier-coller, celui de la partie réservée à ma Greta :

17 – Greta de Catherine Robert            Trash - 17

J’ai vu ce roman comme une métaphore extrême sur l’abandon de soi. Greta va suivre un itinéraire allant crescendo dans l’horreur, l’humiliation, la torture physique et psychologique pour mieux se confronter à l’insupportable. J’ai beaucoup pensé à la Justine du divin marquis. Nihiliste à souhait.

Silence rouge (Brice Tarvel)

Ma chronique (qui date déjà de plusieurs mois) du roman de Brice.


Ce qui est bien avec les éditions TRASH, c'est que chaque roman est différent et nous propose quelque chose d'autre.
Pour cette fois, nous avons droit à un roman sans sexe, ça change de mes cinq premières lectures, et le gore y est moins prononcé, sans pour autant en être absent. "Silence rouge" nous fait découvrir l'histoire de Maxime et Francine. Après avoir découvert le cadavre affreusement mutilé de sa jeune sœur, Francine se jure de retrouver le ou les assassins et entraîne dans sa quête son ami-amant. Leur enquête les mènera jusqu'à une mystérieuse secte adoratrice du silence et les confrontera à d'autres meurtres horribles.
La lecture est plaisante, je dirais presque tranquille, mais l'histoire avance à son rythme avec un déroulé peut-être un peu rapide.
Ce n'est donc pas le TRASH le plus dur, mais, personnellement, je ne me suis pas ennuyée à sa lecture.

Bloodfist (Schweinhund)

Ma critique qui date déjà d'un moment. Bloodfist fut ma première incursion dans la collection TRASH, le tout premier opus que j'aie lu, ça se passait en juillet 2014, les mois et les années filent, mais je n'ai pas oublié le bon moment passé.


La collection TRASH, c'est un peu l’héritière de la défunte collection Gore chez Fleuve noir. C'est donc du violent, du sanglant, du malsain, du dur. Les réfractaires au genre auront envie de fuir leurs romans, mais ce serait rater des curiosités comme Bloodfist, un gore plus psychologique qui nous entraîne dans la psyché d'un jeune sociopathe. Dans sa psyché, mais aussi en spectateur de ses actes extrêmes.

Bloodfist est atypique, étrange, spécial et différent. Une plongée cauchemardesque dans les pensées d'un être asocial et psychopathe, tandis qu'autour de lui s'agitent un gourou et un enquêteur, tous deux aussi borderline que le personnage principal. Un roman qui m'a beaucoup plu, par son ambiance glauque, torturée, et désespérée. Pas de répit dans cette histoire, aucune oasis à laquelle se raccrocher, on nage dans la perversité, et on en redemande.

Mais si on y plonge aussi facilement, c'est également du fait d'une écriture ciselée, un jeu sur la langue et les mots, une parfaite maîtrise du français qui participe grandement à l'atmosphère horrible. Le gore est là, pas de doute, mais il est au service d'une histoire intéressante et très bien écrite, qui nous prouve que ce n'est pas parce qu'on offre de la tripaille, qu'on doit le faire n'importe comment.

Bref, un auteur à suivre, un livre à lire pour tous les amateurs de littérature sans tabou. à conseiller à tous ceux qui aiment et à tous ceux qui sont curieux de la découverte. Ainsi qu'à tous ceux qui n'aiment pas. Car c’est une belle occasion de voir que le genre propose du bon, même du très bon.

Pestilence (Degüellus)

Ma critique de Pestilence, repêchée et non retouchée, et qui date déjà du 20 octobre 2014.

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Lu ce week-end. Et apprécié.
Que dire dessus ? Je ne suis pas la critique la plus efficace, je peine à dire pourquoi un bouquin m'a plu ou pas, ce n'est donc jamais évident pour moi surtout si je m'en vais lire d'autres critiques avant (les miennes me paraissant encore plus inutiles ensuite Rolling Eyes ).
Donc, j'ai lu (je l'ai déjà dit) et je l'ai apprécié (je lai dit aussi non ? :mrgreen: ). Pourtant, je ne l'ai pas trouvé extrêmement gore. Bien sûr la maladie fait des ravages joliment décrits, mais je ne sais pas, ça m'a moins marquée que mes lectures précédentes de la collection (ou alors, je m'habitue Twisted Evil ). Cela-dit, cela n'empêche pas que c'est une excellente histoire dans laquelle on entre facilement et qu'on a envie de lire jusqu'au bout (pour preuve, je l'ai terminée après ma journée de boulot hier soir, alors que mon lit criait après moi de façon appuyée). Les personnages sont intéressants, voire parfois attachants, j'aime bien Tancrède et sa dualité. Sa façon d'aider tout en montrant bien que ça le fait chier de le faire. Je trouve que ça sonne tout à fait juste. Le baron aussi, je l'ai apprécié, un peu moins la baronne que je trouve peut-être un poil trop peu exploitée. 
En fait, je pense que cette histoire aurait pu s'étaler un peu plus pour apprendre d'autres détails sur certains personnages, comme la baronne donc, mais aussi le curé ou cet inquisiteur qui semble apparaître un peu pour rien, vu le peu de temps que dure son apparition.
Le final est sympathique avec cette bataille surréaliste.
Donc, encore une belle lecture et jusqu'à présent, pas encore déçue de la collection.

Et merci, julien, pour la dédicace (ma première dédicace TRASH, j'apprécie à sa juste valeur).

Necroporno (Robert Darvel)

Voici ce que j'écrivais en août 2014, à propos de ce premier opus TRASH. Et depuis ces longs mois, mon avis n'a pas changé, le livre est bien resté dans mon esprit, un bon souvenir.

L'auteur nous propose ici une lecture sanglante, extrême et pourtant soignée. Un style qui nous fait entrer dans l'histoire pour ne plus nous lâcher jusque la fin. Rien ne nous est épargné entre les mouches nécrophages, les meurtres sauvages, les suicides totalement ahurissants, les scènes de sexe hors de notre réalité, les décompositions très détaillées, nous avons droit à tout, sans un répit, hormis durant les petites pauses auprès d'un jeune couple porté sur la chose, respirations bienvenue pour couper tout ce sang qui gicle de partout et sur tout.
Cerise sur le gâteau, bien que totalement impossibles, on adhère totalement à toutes ces horreurs racontées, on y croit.
Un livre à lire et que j'ai lu d'une traite avec un grand plaisir.

Gore story (Gilles Bergal)

Fabien Chevriez est l'auteur à succès de la série sanglante des Bloody Marie. Après 37 opus, il décide de liquider son personnage pour passer à autre chose. Mais quelqu'un ne l'entend pas de cette oreille, quelqu'un semble vouloir que le romancier ressuscite la belle héroïne. Fabien n'en démord pas, il n'écrira pas de nouveau tome, même après avoir été (presque) agressé par un fan un peu dérangé sur un salon. Puis vient le premier meurtre, celui de Noémie, attachée de presse et maîtresse occasionnelle de l'auteur. Ensuite, un autre crime, celui d'un ami de Fabien. A chaque fois, les massacres sont calqués sur ceux décrits dans les romans. Qui est assez dingue pour agir ainsi ? L'auteur et le commandant Consuela Lopez vont chercher à le découvrir, tandis que dans l'entourage du romancier, les assassinats s'enchaînent.

Gore story est un trash veine douce si l'on peut qualifier ainsi un roman de cette maison d'édition. Avec un vague relent de "Misery" de Stephen King vite oublié et une petite et somme toute sympathique critique sous-jacente du milieu littéraire, il nous conte surtout une enquête, ma foi, bien menée. Au fil des pages, on se fait une liste de suspects et l'envie de savoir qui est le meurtrier nous entraîne jusqu'au bout de l'histoire. A priori, la fin me laissait un goût de "trop facile", mais le tout dernier paragraphe vient la rehausser d'un coup.

Le numéro 15 de la collection est donc une lecture à conseiller à tous ceux qui hésitent à se lancer dans le trash, l'occasion de découvrir le genre avec un récit plein de rouge, mais pas trop.

Seppuku (Romain d'Huissier)

Kurogane, aux portes de la mort, est sauvé in-extremis par un étrange personnage. Son âme emprisonnée dans une jarre lui permet de rester sur terre pour se venger et libérer le Japon de la terrible menace des cinq onis. Le voilà engagé dans une quête violente à la poursuite de ceux qui ont vendu leur âme au démon. Dans son périple, il sera aidé par Netsuko, une jeune prêtresse.

Seppuku ressemble à un conte, mais un conte rouge, plein de fureur et de batailles sanglantes. Les combats s'enchaînent d'un oni à l'autre, d'un massacre à l'autre. C'est peut-être le point qui m'a le moins accroché. Les combats du style ne m'attirent pas plus que ça dès le départ, mais je dois dire qu'ils sont variés et bien décrits, tout autant que bien dégueu parfois, ce qui, par contre, n'est pas pour me déplaire. Le récit, bien que classique et peut-être un peu prévisible, se déroule sans accrocs dans une lecture plaisante, même pour ceux, qui comme moi, ne sont pas des adeptes d'histoires asiatiques.

Avec cet opus, TRASH nous propose un vrai dépaysement qui nous change des lieux d'intrigue plus conventionnels. Rien que pour ça (mais pas que, bien sûr, car c'est bien écrit et solide), il mérite d'être lu.

Pleine lune (Yno)

Quand j'ai refermé le bouquin, j'ai pensé à "Massacre à la tronçonneuse" et d'autres films du genre dans lesquels sont mises en scène des familles dégénérées. Alors que je n'apprécie pas trop ce type de base scénaristique au cinéma, ici j'ai aimé ma lecture. Peut-être cela passe-t-il mieux en mots ou, plus probablement, cela vient du style d'Yno, précis avec le juste équilibre entre de courtes descriptions et les scènes d'action. Celles-ci se succèdent à un rythme prenant et je suis restée accrochée au roman. Les personnages sont peut-être un poil superficiels et l'empathie ne fonctionne pas vraiment, mais c'est compensé par le récit, si pas le plus original, bien mené de bout en bout, sans discordances d'un chapitre à l'autre, donc solide dans sa construction.

Un TRASH orienté aventure qui peut plaire à presque tout le monde.

Lumpen (Janus)

Janus nous dépeint les histoires parallèles du sale nègre et du licencié de Pétronum, une usine qui ferme ses portes. Le premier tue des vieilles dames pour leur piquer leur fric tout en espérant la gloire avec sa voix merveilleuse, le deuxième sombre après avoir tout perdu, sa femme, sa fille, son boulot, sa santé. Le ton est froid et désespéré, le style en phrases courtes, avec peu de ponctuation, en répétitions, accentue l'impression d'étouffement, on a le sentiment qu'il n'y a absolument aucun espoir, aucune échapatoire, rien du tout à quoi s''accrocher dans le monde décrit. Les personnages n'ont pas de noms, ils pourraient être n'importe qui, le voisin, le collègue, une célébrité, soi-même, parti-pris qui renforce encore la noirceur du récit et le malaise ressenti. Seule Maeva, star de télé-réalité, a le privilège d'être nommée et Maeva n'est rien, juste une bouche qui suce, un reflet du vide sociétal.

Le livre est bon, très bon, une de mes meilleures lectures TRASH, et je les ai toutes aimées, c'est dire. Il fait partie des oeuvres les plus sombres de l'éditeur, pas seulement par ses scènes gores ou X, car d'autres bouquins font pires, mais par son ton. Il m'a plus marquée que "Nuit noire" ou "Murderprod". Je le conseille vraiment à tous ceux qui recherchent les trucs les plus extrêmes.

Bayou (Zaroff)

Zaroff, c'est le gore amusant, les répliques cocasses, les situations amusantes. Quand on le lit, on se marre. Bayou est donc très divertissant et, à mon avis, l'auteur fait plus fort qu'avec son premier opus, "Night stalker" (pourtant déjà bien bon), son style s'est encore amélioré, la structure du récit est plus solide, la plume plus décontractée, plus vive, et plus relâchée.

Zaroff s'est fait plaisir en écrivant, et ça se sent. De scènes improbables en scènes porno, il a pris son pied. Le résultat est jouissif, même si le cul est un peu trop présent (quoique ça ne m'ait pas dérangée, difficile à expliquer, mais ça va avec le récit), et si la fin me semble moins solide dans sa structure (des détails, mais qui enlèvent un peu du réalisme). J'ai aussi adoré les deux dernières pages du bouquin, fallait y penser.

Bref, du Zaroff, drôle, direct, imaginatif, et percutant. Une lecture qui devrait plaire à beaucoup.