Histoires de fins du monde (la grande anthologie de la science-fiction)

Paru au livre de poche en 1974, cette anthologie regroupe 18 nouvelles et est agrémentée d'une introduction, d'une préface et d'un dictionnaire des auteurs. Dix-huit nouvelles donc qui déclinent différentes visions de la fin du monde. Et j'ai été surprise. Les nouvelles sont originales, bien écrites et explorent des voies auxquelles je ne m'attendais pas. En fait, pour tout dire, je m'attendais à moins de variations. Comme quoi la fin du monde peut se voir de plein de façon. Bien sûr, vu l'époque de publications des différents textes (pour la majorité dans l'après-guerre), on n'a par contre qu'une vue limitée des causes de ces fins du monde. La grande peur de ces années-là se retrouve dans presque tous les textes (et même bizarrement dans celui qui date d'avant la guerre), apocalypse nucléaire et toutes ses conséquences. Petit bémol sur les causses, mais pas sur les effets.

- Foster, vous êtes mort ! (Philip K. Dick) : le jeune Foster vit dans une société où l'apocalypse atomique n'a pas encore eu lieu, mais pourtant elle y est présente dans la peur ressentie par la population et alimentée par le pouvoir. Tous se doivent de prévoir, de se préparer pour quand elle arrivera. Et cela implique de posséder le meilleur abri anti-atomique, d'avoir son ticket pour les abris collectifs, de payer la dîme pour les Nats. Excellente nouvelle sur la manipulation par la peur. Un vrai bon début de bouquin.

- Mémorial (Théodore Sturgeon) : Grenfell a un rêve : si les hommes ressentaient la peur d'une manière phénoménale, ils connaîtraient la paix. Il a donc conçu une bombe d'une puissance inimaginable et il envisage de la faire sauter dans le désert et de créer ainsi une sorte de mémorial effrayant pour les millénaires à venir. Mais c'est sans compter sur son ami Jack Roway. Où les meilleurs intentions n'amènent pas ce qui était prévu.

- Le jour se lève (Robert Bloc) : le protagoniste a tout prévu. Il s'est aménagé un abri dans les montagnes, s'est équipé pour survivre à l'explosion et à ses suites. Et maintenant, l'horreur vient de se produire et il redescend en ville pour constater les dégâts. Une nouvelle qui se situe dans l'immédiat après cataclysme et offre les visions effrayantes de la mort partout, des rares survivants déjà condamnés, bâtiments détruits, feu, pillages. Intéressant.

- Loth (Ward Moore) : M. Jimmon, lui aussi, a tout prévu. Et lorsque l'attaque survient, il embarque sa famille pour fuir. Il sait où il veut aller, il sait comment les choses vont se passer, il devine la régression de l'humanité. Oui, lui, il sait, mais pas sa femme Molly. Molly qui n'arrête pas de se plaindre et refuse la réalité. Pas ses garçons, Jir et Wendell, qui eux aussi chouinent et râlent. Il n'y a que sa fille Erika qui semble prête pour ce nouveau monde. Portrait de famille bien fait avec des personnages antipathiques, entre le père qui se pense omniscient, la mère qui ne comprend rien, les gamins turbulents ou rebelles. Et une fin cynique et glaçante.

- La mort de chaque jour (Idris Seabright) : la guerre a été déclarée et si les bombes nucléaires sont utilisées, c'est à petites doses un peu craintives, il y a donc des combats humains. Denton est un soldat et fin de cette journée-là, il évite le centre de soins pour rendre visite à Miriam, la femme qu'il aime hospitalisée. Il pense qu'il ne l'a plus vue depuis quelques jours, mais celle-ci le détrompe, ça fait des années qu'il n'est plus passé la voir. Il a simplement oublié, aidé par une thérapeutique nouvelle qui fait de chaque jour de combat un premier jour. C'est une nouvelle assez désespérée, mais très bien faite, avec une légère touche d'espoir à la fin.

- Seule une mère... (Judith Merril) : la guerre a laissé son lot de radiations et derrière elles, toutes les maladies et malformations qu'on peut imaginer. Maggie est enceinte, son mari Hank est au combat et la jeune femme le tient au courant par lettre de l'évolution de sa grossesse, puis de son accouchement, et de la merveilleuse petite fille qu'ils viennent d'avoir. Mais l'enfant présente rapidement  une particularité étonnante, une intelligence développée. Ainsi à dix mois, lorsque le père revient enfin à la maison, le bébé l'accueille en parlant sous le regard émerveillé et plein d'amour de sa maman. Une nouvelle émouvante sur l'aveuglement d'une mère vis à vis de son enfant.

- Le prochain spectacle au programme (Fritz Leiber) : la guerre est plus larvée qu'autre chose dans cette histoire, les radiations sont minimes, et tout le monde n'y participe pas, mais comme dans toutes les guerres, ceux qui restent au pays souffrent d'une autre façon. Le protagoniste est anglais et est aux Etats-Unis pour affaire. Par hasard, il sauve la vie d'une jeune femme, qui comme la majorité de ses contemporaines porte un masque, selon la dernière mode. Sa nouvelle amie semble être très effrayée et lui déjà sous le charme. Mais peut-il seulement la sauver. Un autre récit assez sombre avec une vision assez sombre du genre humain.

- Le vaisseau fantôme (Ward Moore) : excellente nouvelle qui pointe l'automatisation extrême de la guerre qui n'a plus besoin d'hommes pour se faire. Avec une chute parfaite.

- Les gardiens de la maison (Lester Del Rey) : King est un chien qui a survécu à une apocalypse biologique et/ou chimique. Il survit depuis des années en ayant appris à attraper des poissons, seules espèces ayant survécu. En hiver, il descend vers le sud, en été, il monte vers le nord. Là, c'est l'hiver qui commence et il a entamé son périple. Mais sans savoir pourquoi, une sorte de pulsion irrésistible, il déroge de son chemin habituel et se dirige vers le laboratoire dont il s'est échappé il y a si longtemps. Doc doit y être, il doit le trouver. Très jolie histoire animalière, très touchante, en même temps que très bien faite dans la narration qui nous met dans la tête de ce chien.

- Les filles et Nugent Miller (Robert Sheckley) : Nugent Miller est depuis longtemps seul, il a survécu au nucléaire par un coup de chance au fin fond d'une grotte. Il pense qu'il pourrait y avoir d'autres survivants, mais ne fonde pas d'espoir, pour tenir le coup. Jusqu'au jour où il rencontre quatre jeune filles et leur institutrice, une matrone pleine de haine pour les hommes. Amusante déclinaison de la solitude du survivant, mais aussi vision pessimiste de l'après.

- La vie n'est plus ce qu'elle était (Alfred Bester) : Linda Nielsen survit toute seule dans New York, elle s'est construit un quotidien où elle décore son appartement de diverses choses de prix, en somme, elle passe son temps à faire les magasins. Jusqu'au jour où sa route croise celle de Jim Mayo qui descend vers le sud. Les deux rescapés vont faire connaissance en concluant un marché, elle lui apprendra à conduire, il l'aidera à amener un piano à queue chez elle. Assez déroutant ce récit où les protagonistes ont juste l'air de vivre comme avant, comme échappé de notre réalité. Mais amusant aussi.

- Les carnivores (G. A. Morris) : une survivante est entourée d'extra-terrestre ressemblant à des herbivores ayant évolué. Elle voudrait comprendre pourquoi, ils ne sont pas intervenus pour empêcher la guerre. Ils avaient peur. Décalage entre l'apparence des extra-terrestre et le propos, surtout le propos final bien trouvé.

- La lune était verte (Fritz Leiber) : Effie et son mari Hank ont eu la chance d'être dans un immense abri anti-atomique. Le cataclysme date déjà d'un moment, mais personne ne peut encore remonter à la surface. Effie n'en peut plus, elle rêve de l'extérieur, encore plus depuis qu'elle a aperçu, après avoir imprudemment ouvert les volets en plomb, un être qui lui a fait penser à un faune. Elle veut le revoir et pousse Hank à se rendre à une soirée. Mais Hank a des soupçons et l'être du dehors, ses intentions sont-elles vraiment aussi pures que l'imagine la jeune femme. Déclinaison sur l'ennui à vivre sous terre, avec la nostalgie de la surface. Beaucoup aimé la sorte de poésie qui s'en dégage.

- Un système non-P (William Penn) : Georges Abnego est devenu président par hasard, juste parce qu'il correspond à tous les standards de normalité. C'est juste un homme moyen et il représente pour le peuple une sorte de garantie que l’holocauste ne se reproduira plus. Et effectivement sous l'impulsion d'Abnego, plus rien ne se passe, et petit à petit tous les pays suivent cet exemple. La paix est enfin là, mais dans ce système de non-valeur humaine, la régression aussi. Intéressante vision de la fin du monde, originale aussi.

- Que la lumière soit (Horace B. Fyfe) : un groupe de trois hommes prépare un guêt-apens pour les robots réparateurs de route. Un arbre en travers de la voie et voici les machines au travail.C'est l'instant que choisissent les protagonistes pour s'emparer d'un de ces robots. Population ayant régressé et sans plus la compréhension de ce que fut le monde ou de l'utilité de certaines chose. Sympa, mais il me manque un petit truc.

- Frère Francis (Walter M. Miller): la guerre est terminée depuis des siècles, de la précédente civilisation, il reste peu de traces et encore moins de traces écrites. Frère Francis est un novice dans l'ordre des frères de Leibowitz, du nom de leur fondateur. Il fait une retraite et un jeûne avant son ordination. Mais un pèlerin vagabond va lui faire découvrir sous une pierre, des vestiges, des reliques, dont des notes et un plan de la main même de Leibowitz. De retour à l'abbaye, frère Francis n'aura de cesse de clamer qu'il ne ment pas, quitte à voir se reporter son ordination de longues années, le temps que le nouveau Vatican statue sur l'authenticité des découvertes. Quand ça part dans le religieux, je n'aime pas, mais ici c'est le contraire, j'ai beaucoup apprécié cette histoire avec sa petite touche d'espoir à la fin.

- La ruée vers l'est (William Tenn) : Jerry Franklin est chargé de mission par le président. Il doit porter un message important. En route, avec son compagnon Sam, il croise des Sioux et décide leur offrir les présents et le message, mais il apprend que les indiens ont décidé de prendre le territoire des blancs. Désespéré, il fuit avec son compagnon Sam et une jeune captive. Amusante inversion des rôles et de l'histoire. Beaucoup aimé.

- Dans les eaux de Babylone (Stephen Vincent Benét) : dans la société qui s'est reconstruite, un fils de prêtre décide de rejoindre la cité des Dieux, malgré qu'elle soit un llieu interdit. Il est résolu quitté à ce que ce soit la mort qui l'attende. Arrivé sur place, il découvre les restes d'une grande ville éradiquée par une catastrophe. Pour terminer cette anthologie, une histoire avec un léger accent fantastique et une touche d'optimisme final, à moins que ce ne soit du pessimisme, à chacun le choix de l'interprêter.

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