Histoires de catastrophes (anthologie de la science-fiction)

Dans l'ensemble, cette anthologie m'a moins séduite que "Histoires de fins du monde". Et au fond, les récits du présent recueil auraient très bien pu figurer dans le précédent lu. Car, au final, il ne s'agit que de fins du monde aussi. Je ne vais pas détailler toutes les nouvelles et me contenter pour une fois de parler de celles qui m'ont vraiment plu.

- Les oiseaux (Daphné Du Maurier) : ce récit est à la base du célèbre film éponyme d'Alfred Hitchkock), un film que j'avais beaucoup apprécié, et que j'aime toujours regarder lorsque l'occasion se présente. Je m'attendais à une sensation de déjà-vu, mais la nouvelle, même si sur la même base que le film, en est très différente. Ici, on suit une famille, père, mère, et les deux enfants qui se rendent compte que les volatiles sont devenus "fous". Ensuite, viennent les préparatifs pour tenir face à la menace, les tentatives pour prévenir les voisins. L'histoire se termine sans se terminer, les oiseaux sont toujours là, et on ne sait ce qu'il adviendra des protagonistes. Je crois que j'apprécie autant le texte d'origine que le long-métrage.

- Fragments de journal parmi les ruines de ma mémoire (Philip José Farmer) : un véritable coup de coeur, une pépite, une découverte, un texte que j'aurais aimé écrire. L'histoire est horrible, et pourtant, aucune scène sanglante, aucun effets spéciaux. Il y a des morts bien sûr, mais ils sont hors cadre. Ici, nous avons juste un concept déstabilisant : une boule d'origine inconnue vient de se mettre en orbite autour de la terre, et par quelques technologies inconnues, elle vole la mémoire des hommes, de tous les hommes de la terre. Chaque jour, au réveil (en fait durant la nuit), chacun recule de quatre jour dans sa mémoire. Vous vous levez un matin, vous vous croyez le mercredi 28 mai, mais en fait, vous êtes le premier juin. Et le lendemain, ça recommence, vous êtes au 2 juin, mais vous vous pensez le 25 mai. Ainsi, le héros de l'histoire va-t-il remonter le temps (uniquement dans sa mémoire car le temps s'écoule tout à fait normalement), revivant à l'envers tous les événements de sa vie passée et oubliant tous les récents petit à petit. Notre héros est marié, avec deux garçons de huit et dix ans. Sa famille aussi oublie. Elle oublie non seulement les faits qui se sont produits durant les jours "effacés", mais aussi les acquis de ces jours. Chacun se sent donc de plus en plus jeune dans sa pensée. Mark se retrouve bientôt avec des gamins au comportement de plus en plus infantile, et lui-même se retrouve amoureux d'une ancienne maîtresse comme au temps de leur liaison, avant de l'oublier elle aussi. Car la situation dure. Un programme scientifico-militaire a été mis en place pour se débarasser de la boule (qui n'est pas affectée par les tirs de missiles nucléaires), mais il prendra des années pour être au point. Et Mark, et les autres, pendant ce temps continuent à oublier. Pour les plus jeunes, le phénomène est catastrophique, ils se retrouvent avec un cerveau aussi vierge que celui d'un nourrisson. La fin voit la victoire contre la boule, mais le mal est profond dans les consciences, le présent et le futur ne seront plus jamais pareils à avant. C'est une nouvelle difficile à résumer tant son concept est complexe. Mais malgré la complexité, l'auteur maîtrise absolument son sujet, pas une faille n'apparaît dans le cheminement de l'intrigue, et suivre ainsi Mark dans sa perte de mémoire et d'identité est vraiment glaçant. Je lis souvent des récits qui me plaisent beaucoup, mais très rarement des qui me marquent ainsi. Je n'oublierai pas de sitôt cette nouvelle. A elle seule, elle vaut l'argent que vous dépenserez pour l'ouvrage.

- Requiem (Edmond Hamilton) : ici, nous nous trouvons dans un futur lointain. L'homme a abandonné la terre quand le soleil s'est transformé en naine blanche attirant à lui, une à une les planètes de notre système solaire. C'est au tour de la terre de disparaître. Une expédition a été mise sur pied pour filmer et retransmettre à toute la galaxie la mort du berceau de l'humanité. Kellon commande le vaisseau et supporte mal les présentateurs et journalistes avides de sensationnalisme pour qui la terre ne représente que l'occasion de se mettre en avant. Alors que ceux-ci filment des ruines, lui se promène et découvre une maison presque intacte. Très jolie histoire, touchante, sur la fin de notre monde.

- Quand nous sommes allés voir la fin du monde (Robert Silverberg) : caricature de notre société où les gens peuvent maintenant, grâce à une technologie complexe, aller dans le futur pour voir la destruction de la terre. Durant une réception, les convives discutent de leurs différentes expériences lors de ces voyages. Toutes les fins du monde s'évoquent, toujours apocalyptiques. Entre leurs descriptions de voyages, s'intercalent des informations sur l'état du monde. Et on a comme un miroir entre la superficialité de toutes ces personnes et tous les cataclysmes futurs. Et on se rend compte que la fin du monde, elle n'est pas à des millions d'années, mais qu'elle est là en train de se produire.

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