Lectures (bandes dessinées)

Mes avis sur quelques bandes dessinées, autre plaisir de lecture.

Louve T6 : La reine des alfes noirs (Surzhenko - Yann)

Maintenant que Louve sait que son père est vivant, elle ne supporte pas l'attentisme de sa mère, elle voudrait partir à Bagdad rejoindre Thorgal. Mais sur son chemin (très tôt sur son chemin), elle rencontre Tjahzi qui recherche justement Thorgal dont il espère une aide face aux alfes noirs qui oppriment son peuple, le forçant à tenter de couper les racines d'Yggdrazil, l'arbre mythique qui supporte les mondes. La gamine décide de remplacer son père et de libérer les nains. D'un autre côté, Vigrid, le dieu amoureux d'Aaricia, déchu par Frigg, s'est rangé du côté des alfes noirs.

Comme maintenant chaque fois, j'ai beaucoup apprécié cette histoire un peu plus destinée aux enfants (bien que restant parfaitement lisible par les adultes). Yann offre son rythme qui donne une histoire où l'on ne s'ennuie pas une seule case et Surzhenko nous régale de son trait proche de l'ancien Rosinski.

Lanfeust (de Troy - des étoiles - odyssey) (Tarquin - Arleston)

Je viens de terminer le tome sept de Lanfeust Odyssey (sur les dix prévus du cycle), troisième cycle des aventures du forgeron de Glinin. Après un passage dans les étoiles où il a sauvé l'univers, Lanfeust est revenu sur Troy avec Hébus, alors que Cixi a préféré rester sur Meirrion avec leur fils. Mais si pour le héros seulement deux ans se sont écoulés depuis son départ, sur sa planète natale, presque vingt ans se sont égrennés et on retrouve les anciens personnages vieillis. C'ian, toujours marié à Or Azur est mère d'une ribambelle d'enfant dont son ainée Cixi est une adolescente rebelle ressemblant trait pour trait à sa tante. Les deux premiers tomes de ce cycle forment un arc quasiment indépendant de la suite et se passe au castel Or Azur. Ensuite, Lanfeust, Nicolède et Cixi rejoignent Eckmül, la capitale, pour diverses raisons et là commence réellement la grosse intrigue. Une créature étrange venue par la porte des étoiles s'emparent de l'énergie des enfants et hypnotise toute la population. Elle veut le pouvoir du Magohamoth pour permettre la venue d'une autre créature sur Troy. Lanfeust accusé du meurtre de Nicolède doit fuir en compagnie d'Hébus et se retrouve bientôt marié à quatre superbes jeunes femmes. Tout en s'occupant de ses ravissantes épouses, il aura fort à faire pour contrer la nouvelle menace qui pèse aussi bien sur Troy que sur le Magohamoth.

J'aime beaucoup Lanfeust, une série d'héroic-fantasy pleine d'aventures, d'idées originales et d'humour joyeusement potache. Les dessins conviennent pile poil au scénario. En fait, je ne m'ennuie jamais quand je commence un tome, la qualité des opus restant égale.

Survivants (Léo)

Survivants, dessiné et scénarisé par Léo est une série de bandes dessinées dérivée des Mondes d'Aldébaran, trois cycles parus, Aldébaran, Betelgueuse, Antarès, qui racontent l'histoire de Kim sur trois planètes différentes. Ici, les personnages sont autres, nous suivons surtout Manon et Alex, rescapés d'une expédition vers Aldébaran (cent ans avant l'intrigue concernant Kim) ayant aterri sur une planète soumise à des anomalies quantiques, la plus remarquable (ou la plus utilisée par l'auteur) étant les sauts temporels qui propulsent une partie des héros dans un futur plus ou moins proche. Manon et ses compagnons auront fort à faire pour survivre dans ce monde étrange et dangereux (faune, flore, mais aussi autres habitants échoués là également et loin d'être pacifiques).

Le quatrième tome (sur les cinq prévus) vient de paraître et nous retrouvons Manon et Alex après un saut temporel de 93 ans (tiens, tiens, après le premier de six ans, ça nous amène à l'époque de la première intrigue concernant Kim), désespérés d'imaginer tous leurs amis morts. En repartant de l'île où ils s'étaient abrités avec leurs compagnons à moitié félin, ils repèrent l'île flottante des créatures pieuvres, elles aussi semblent avoir été prises dans le saut temporel. Dajmille y est certainement toujours prisonnière, ils doivent la sauver.

J'aime beaucoup les Mondes d'Aldébaran, depuis le premier cycle. C'est imaginatif, science-fiction non rébarbative, personnages charismatiques, aventures rythmées. Mon seul bémol ira aux dessins. Si j'apprécie l'imagination de l'auteur au niveau des créatures ou des paysages, ses personnages me semblent trop figés et peu naturels. Mais malgré tout, l'histoire est suffisamment passionante pour passer au-dessus.

Alter ego (Pierre-Paul Renders Denis Lapière, Emil Zuba Benjamin Benéteau Luca Erbetta EFA)

Alter ego est une série comportant actuellement deux cycles complets formant un ensemble de onze albums. Chaque cycle est composé d'une série de tomes pouvant se lire dans n'importe quel ordre et d'un dernier en guise de conclusion.

La première saison propose d'abord six albums se situant chacun dans la même temporalité, mais du point de vue de six personnages différents. Ainsi on suit les protagonistes, et leurs aventures rajoutent à chaque fois des détails en plus dans la trame. Une découverte phénoménale est sur le point de changer le destin de l'humanité : chaque être humain est relié à un ou plusieurs alters egos. Lorsqu'un membre de l'entité meurt, le capital vie des autres s'en trouve raccourci, et lorsque quelqu'un perd tous ses alter ego, il n'en a plus que pour très peu de temps à vivre (à noter qu'il existe de très rares cas de personnalité unique, sans alter ego). Une telle avancée ne peut qu'aviver les cupidités, les soifs de pouvoirs, et amener les puissants à prendre certaines mesures pour se protéger, en protégeant, même contre leur gré, leurs alters egos. Le septième album amène la conclusion de cette aventure entraînante.

La deuxième saison part sur le même schéma en plus court. Dans les trois premiers tomes, on suit à nouveau le point de vue de trois personnages différents. Maintenant que le monde sait pour les alters egos, la bataille pour en tirer le meilleur profit n'a pas cessé. Entre les escrocs, les hommes d'affaire vereux, les polliticiens en recherche de pouvoir, il est difficile de faire triompher le bien et l'honnêteté, surtout lorsque l'on se rend compte que le concept des alters egos va encore plus loin qu'on ne le pensait. Le quatrième opus apporte une nouvelle fois la conclusion, inattendue.

Une très bonne série, originale, bien menée, trépidante, et aux personnages attachants. Le dessin concourt à donner une vraie vie à l'histoire. Personnellement, j'ai énormément apprécié.

La jeunesse de Thorgal, tome 4 : Les bersekers (Yann-Surzenkho)

Dans ce quatrième tome, suite directe du précédent (formant donc un dyptique), on retrouve Thorgal et Aaricia dans leurs jeunes années se situant chronologiquement entre le tome 14 (Aaricia) et le tome 1 (La magicienne trahie). Thorgal, en compagnie de Nigurd surnommé Ratastök et de Sigurd le beau guerrier prétendant d'Aaricia, est à la poursuite de Runa et des bersekers ayant enlevé la jeune princesse viking dans la précédente aventure. Runa, de son côté, se retrouve à la mer après une altercation avec son allié Moldi. Repêchée par le drakkar de Thorgal, ils vont tous joindre leurs forces pour sauver la belle jeune fille.

Ce que j'aime chez Yann, c'est sa faculté à coller à l'univers créé par Van Hamme. Après des excès dans le premier cycle de la série Louve, il a réajusté le tir comme si de rien n'était pour retrouver l'ambiance particulière qui a fait le succès de la série mère. On se retrouve donc dans des péripéties dignes du premier scénariste avec des personnages sympathiques, des bagarres, un héros principal de plus en plus proche de sa personnalité future, et une jeune Aaricia oscillant entre l'insouciance de l'adolescence en germe et la force de caractère qui lui viendra plus tard. En fait, le seul problème de cette série, c'est que venant fort tard après la création de l'arbre principal (Thorgal donc, 34 opus parus à l'heure actuelle), il est un peu difficile de se dire que tout ça a pu arriver à nos jeunes amis sans qu'il n'en soit jamais fait mention dans la série Thorgal, sans oublier qu'Aaricia dans les premiers tomes de cette série principale endosse un role presque d'oie blanche qui ne colle pas forcément à son tempérament dans sa jeunesse. Mais ce sont des écueils difficiles à éviter, et si l'on arrive à séparer dans sa tête les deux séries, on trouve beaucoup de plaisir à la lecture des tendres années des deux tourtereaux.

Seuls, tome 9 : Avant l'enfant-minuit (Gazzotti Velhmann)

La série de bandes dessinées "Seuls" publiée aux éditions Dupuis est une série estampillée enfant, et pourtant, un peu comme Harry Potter, elle est lue par un public de tous les âges. Au premier album, tombé par hasard entre mes mains, j'ai adhéré immédiatement au monde fantastique proposé par les auteurs. Cinq enfants se retrouvent un matin complètement seuls, le reste de la population de leur ville a disparu sans explications. Le pitch parle aux gamins et aux enfants qui sommeillent dans les adultes. Qui n'a jamais rêvé de se retrouver libéré de la surveillance des parents et autres grandes personnes. Ainsi directement, le lecteur est pris dans les filets de ce thème universel. L'intrigue pourtant n'est pas aussi simple qu'il y paraît et petit à petit au fil des épisodes, le scénario se complexifie pour proposer un récit solide et toujours accrocheur. Si le premier épisode ressemble à une sorte d'aventures de Robinsons en culotte courte, la suite amène de plus en plus de questions, de nouveaux protagonistes pas si clair que ça, de nouveaux décors, de nouvelles révélations et parvient à tenir en haleine tout autant qu'à désirer ardemment connaître la suite.

Dans ce neuvième tome qui clôt le deuxième cycle, nous retrouvons nos cinq héros prêts à partir de la ville étrange dirigée par des enfants étranges et aux coutumes assez despotiques. Mais Camille, elle, préfère rester sur place pour surveiller Saul présenté comme l'élu destiné à lutter contre l'enfant-minuit (concept dont on ne devine pas encore vraiment l'implication sur le récit). C'est donc accompagné du maître des couteaux, adolescent attardé apparu dans le deuxième tome, que nos bambins s''en vont dans les montagnes enneigées, sous la houlette de Dodji. Mais Dodji n'explique rien à ses compagnons qui voudraient comprendre après quoi ils courrent. Une dispute s'ensuit et Dodji poursuit seul sa quête. Il craint d'être cet enfant-minuit redouté par tous et sa seule façon d'en avoir le coeur net est de retrouver le maître fou apparu brièvement l'épisode précédent. De leur côté, le restant du groupe se fait attaquer par Achille, on ne sait trop pourquoi. Bientôt, tous les protagonistes se retrouvent isolés pour une raison ou une autre.

Un tome qui ma paraît faire transition, qui prépare la suite en plaçant les personnages dans des situations difficiles. De nouvelles questions apparaissent et peu de réponses aux précédentes sont données. Le rythme est soutenu et le dessin continue à faire merveille.

"Seuls" est vraiment une série à proposer une lecture sur plusieurs degrés, entraînante et captivante.

Kriss de Valnor, tome 6 : L'île des enfants perdus

Dans ce tome six de la série parallèle dédiée à la belle aventurière, on retrouve Kriss échouée on ne sait où. Elle doit absolument rejoindre Jolan, son roi, au plus vite. Si dans sept jours, ce n'est pas le cas, faute à une loi machiste, elle se verra répudiée et déchue. Blessée, elle sera soignée par un vieil herboriste et Erwin, sa jeune apprentie au visage balafré. Tous les trois fuieront en barque les soldats de Magnus et aborderont les côtes d'une île étrange où ne semblent vivre que des enfants, en apparence gentils, et pourtant plane une menace diffuse.

Enfin un tome qui me réconcilie avec cette série. Terminées les luttes de pouvoirs, les magouilles, les intrigues de cour alambiquées, les personnages à foison qu'on mélange, on retrouve une aventure beaucoup plus proche de l'esprit thorgalien. Jolan n'apparaît qu'à la dernière page, et on peut se demander comment seront gérés les deux personnages puisque voilà leurs routes clairement séparées. Le changement de scénariste a, en tout cas, réussi à rendre du souffle à l'histoire qui s'enlisait depuis le tome trois. Changement de dessinateur aussi pour céder la main à Surzenkho qui a déjà prouvé qu'il assurait comme repreneur. Ici, il nous ramène à un trait à la Rosinski avant la couleur directe.

Au final, un bon opus qui me rend espoir de voir ce méga cycle (étalé sur trois séries et, à son terme, une quinzaine d'années) se terminer de bien meilleure manière qu'il n'a débuté. 

La jeunesse de Thorgal tome 3 : Runa

Je suis Thorgal depuis ses débuts dans l'hebdomadaire Tintin en 1976. J'étais une petite fille alors et j'avais été subjuguée par le beau héros nordique et les premières pages de ses aventures : le rocher du sacrifice, la belle Aaricia, son père cruel et fou. J'étais ferrée. Quarante ans plus tard, Thorgal continue. Van Hamme a cessé le scénario, une période de flou s'en est suivi, des séries parallèles ont commencé, et moi, je reste fidèle malgré les déceptions des dernières années. 

Dans ce tome trois de la jeunesse de Thorgal, on retrouve notre héros toujours calé dans la période qui prend place entre le tome 14 de la ssérie principale (Aaricia) et le tome un (la magicienne trahie). Depuis l'aventure précédente, les deux personnages ont un peu vieilli. Aaricia semble à cheval entre l'enfance et l'adolescence, ses réactions et comportements prenant une fois dans les manières d'un âge, une fois dans l'autre. Thorgal, lui, a le physique d'un jeune adulte. J'ai apprécié reconnaître les traits évoluant vers ceux des premiers tomes. 

L'histoire nous conte les manoeuvres de Gandalf pour marier sa fille au meilleur parti qui soit, alors que de leur côté, Thorgal et Aaricia tentent de le contrer. Première apparition de Fural, le bel étalon noir qui sera le compagnon du héros au départ de ses aventures. Et arrivée d'un nouveau personnage, Runa, vierge guerrière aux desseins troubles.

Un bon opus de cette série dérivée. Yann au scénario a trouvé ses marques et nous propose des aventures proches de l'esprit Van Hamme sans plus les excès de ses premières tentatives. Surzenkho nous livre son habituel dessin de qualité qui nous replonge dans le trait de Rosinski avant la couleur directe.