Greta par Sangore

Une superbe critique qui m'a fait super plaisir. Mille mercis Sangore.


Après Nelly Chadour, voici l’arrivée d’une autre auteure au sein de la collection. Catherine Robert est belge, et les bouquins, ça la connaît, car en plus d’en écrire, elle vend ceux des autres !

Elle a eu l’excellente idée de proposer un récit s’inscrivant dans la tradition des Women In Prison (WIP) au sein de la collection qui nous occupe. L’illustration de couverture et le titre, qui reprend le nom du personnage principal, sont très clairement des hommages à ce genre bien particulier et, plus précisément, au film de Jess Franco « Greta, la tortionnaire » (alias « Ilsa, Ultime perversion » ou encore « Le Pénitencier des femmes perverses »). En quatrième de couverture, la publicité pour le livre « Jess Franco ou les prospérités du Bis » d’Alain Petit, paru chez Artus Films, très à-propos, enfonce le clou. Cependant, l’auteure avoue elle-même que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle n’est guère familière du genre, et c’est peut-être ça qui fait que son histoire n’est pas qu’un simple décalque de ce qu’on a déjà vu ou lu précédemment dans le style. Motivée avant tout par la volonté de décrire la progressive destruction psychologique de son protagoniste, elle nous livre un récit qui rencontre parfaitement les attentes des amateurs de cinéma et de littérature d’exploitation tout en transcendant ce cadre.

Greta conte l’histoire d’une mère de famille dans le besoin qui accepte de travailler pour un mystérieux employeur. Le job – gardienne de prison – présente des avantages, comme le logement et les charges offerts, mais certaines clauses (comme l’impossibilité de retour en arrière) et ce qu’il implique de faire vont lui faire regretter d’avoir signé ce contrat, qui se révèlera être un aller simple pour l’enfer. Surtout quand ses nerfs la trahiront et qu’elle passera de gardienne à prisonnière… 

C’est déjà un bon point en soit d’avoir fait en sorte que le personnage se retrouve successivement dans les deux positions opposées au sein de l’établissement pénitentiaire. Pour son cheminement psychologique, et parce qu’on redoute pour Greta un danger supplémentaire par rapport aux autres détenu(e)s : l’éventuelle vengeance d’une de ses ex-prisonnières. Même si cela fait partiellement partie des règles du genre, on ne peut qu’être impressionné par le systématisme avec lequel Catherine s’acharne sur son personnage pour l’anéantir tant physiquement que psychologiquement. Un acharnement sadien, serait-on tenté de dire. Une riche élite qui se divertit du spectacle de la progressive déchéance morale de pauvres personnes, un grand lieu clos d’où on ne sait pas s’échapper, où les règles de la société « normale » n’ont plus cours, lieu entièrement régi par des règles arbitraires édictées par les plus forts, humiliations, tortures et sévices sexuels à gogo, … Toute proportion gardée, on sent des effluves des 120 Journées de Sodome. Sauf qu’ici, ceux qui tirent les ficelles n’ont pas de visage, dans le sens où ils restent dans l’ombre. Ils ne s’incarnent qu’au travers de sous-fifres (par exemple, celui qui fait signer le contrat à Greta au début), d’ordres secs semblant émaner de nulle part et, d’une certaine manière, des conséquences bien concrètes de leurs règles révoltantes. On est ainsi face à une Autorité abstraite, inatteignable et qui a connaissance de tout mouvement grâce à un système de vidéosurveillance. Ce microcosme d’État totalitaire fait penser à certains grands classiques de la science-fiction. Les repères temporels s’estompent. Quant à la spatialité, on a une prison sise au milieu d’un désert, prison aux dimensions monstrueuses, faite d’un enchaînement de couloirs et de pièces qui paraît sans fin :

« Un énorme bloc de béton, presque aveugle, une tumeur posée au milieu du désert, sans vitres, sans fioritures, à peine y voit-on quatre portes espacées sur toute la longueur. Le centre de détention est immense et bouche presque l’horizon » (p.10) ;
« Pour la première fois depuis son arrivée dans la prison, Greta emprunte des escaliers. Ceux-ci s’enfoncent en tournant dans les profondeurs, donnant l’impression de les rapprocher d’un enfer créé par une imagination paranoïaque » (p. 82) ;
« Les détenues longent l’habituel couloir, puis bifurquent dans un nouveau, remontent des escaliers, empruntent un nouveau corridor jusque-là inconnu. Combien de recoins encore à découvrir ? Cette prison a-t-elle une fin ? » (pp. 125-126).

En poussant un peu, on a la fugace impression de se retrouver dans un lieu kafkaïen, comme dans Le Château ou Aminadab.

Catherine Robert a écrit un WIP (précisons tout de même que la prison est mixte, mais c’est sur le sort des femmes, en particulier de Greta, que se focalise le récit) jusqu’au-boutiste, contenant des tortures nombreuses et variées, présentées avec un sens de la gradation certain, qui devrait d’autant plus faire plaisir aux fans du genre que ce dernier n’est plus à la mode maintenant, cette contribution étant donc particulièrement précieuse. 


http://ultragore.leforum.eu/t932-Dossier-sp-cial-TRASH-DITIONS-interview-critiques.htm

Elle se situe dans le premier message du sujet tout à la fin, avant celle de Bayou de Zaroff. Et en allant vers un petit tour sur ce sujet vous pourrez vous délecter des chroniques très bien rédigées des dix-huit premiers titres parus chez TRASH. Pourquoi vous privez d'un tel plaisir.

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