Greta par Jean-Pierre Favard

La chronique de Jean-Pierre Favard qui parle des trois romans de la dernière livrée TRASH (Pleine lune, Greta, Bayou) avec un avis un peu mitigé sur Greta auquel il reproche un manque de fond, de finalité, d'explication, de vernis idéologique ou d'objectif déterminé.

Je ne suis pas d'accord, l'histoire n'est pas dans les causes, l'explication est inutile. Qu'importe de savoir qui est derrière la machinerie et pourquoi cette machinerie, l'intérêt et le fond ne sont pas là. Ils se trouvent dans le personnage, dans sa destruction psychologique. Jusqu'où peut tenir l'esprit humain face à la torture ? A-t-il une chance ? Nul besoin de clamer une idéologie, elle est en sous-fond dans ce monde déshumanisé où l'humain n'est plus rien qu'un numéro, où les sévices sont distribués sans raison, et où la vie ne compte plus. Seule Greta est importante dans l'histoire, sa lutte vaine pour tenir alors même que son esprit sombre petit à petit. Les autres (gardiens, pouvoir, profiteurs, détenus) n'existent même pas autrement que pour leur pouvoir de faire le mal. Les scènes se succèdent en marquant la lente descente aux enfers, elles sont peut-être nombreuses, mais, pour moi, nécessaires pour expliciter la psychologie du personnage. Greta a une histoire, mais encore faut-il pouvoir passer au-dessus des horreurs pour la deviner.

Je n'ai pas écrit un TRASH amusant, je n'en ai pas envie. Pour moi, le trash, c'est malsain et dérangeant, plus ancré dans le réel, le réaliste, quelque chose qui vous retourne un minimum. Dans la collection, il y a du plus divertissant, plus "aventures" et il y a des auteurs très doués dans cette veine, tel que Zaroff et son Bayou. Une autre façon d'aborder le genre, mais ce n'est pas parce que chez l'un, il y a une histoire plus typique des romans d'action, que dans le mien, plus roman psychologique, il y a moins de fond. Peut-être, même est-ce le contraire (cela sans rabaisser aucunement Bayou qui est une pépite dans son style).


Pour sa dernière livraison en date (j'ai un peu de retard, désolé), les éditions TRASH ont décidé de faire dans la dentelle. Des histoires empruntes d'un bucolisme bienvenu, nappé d'un romantisme fleur bleue et de scènes champêtres touchantes, mêlant agréablement nymphettes ingénues et damoiseaux aux regards de biches effarouch... mais qu'est-ce que je raconte, moi ? Bien sûr que non ! Cette fois encore, c'est au pire du pire que nous avons affaire. Du sordide. De l'orgiaque. Du maniaque. C'est moche et ça pue mais rassurez-vous, c'est fait exprès. Bref, la collection Trash poursuit son putride de petit bonhomme de chemin et ce n'est pas sans laisser des traces (difficiles à ravoir au lavage même en frottant très fort avec des cailloux).

Commençons par Greta. Une grande bringue que la misère a poussé à accepter l'inacceptable. Devenir tortionnaire – pardon, je veux dire :gardienne – dans une prison perdue au fin fond du désert. Les prisonniers y sont malmenés (et c'est rien de le dire) et elle-même, craquant devant un frais minois condamné à l'absurde pour un crime dont on ignore même s'il a été commis, se retrouve de l'autre côté. S'en suivent punitions, vexations toutes plus ignominieuses les unes que les autres... ma pauvre Greta, dans l'état qu'ils t'ont mise ! C'est malsain, ça manque parfois d'humour mais jamais de décalage. Un volume dans la pure tradition donc mais auquel il manque un fond autre que cette succession de scénettes, certes réjouissantes (j'ai bien dit « réjouissantes » ? Faut vraiment que je songe à consulter, moi) mais sans véritable finalité (on aurait aimé une explication, un rien de vernis idéologique ou, à défaut, un objectif clairement déterminé bref, un petit quelque chose « en plus »). Ce dont le Bayou, second opus ici chroniqué, ne manque pas. Un shérif a été pendu et un type de la ville doit être mis au placard – ça tombe bien, puisqu'un shérif a été pendu et qu'il y a une place à occuper. Voilà donc le gars envoyé au fin fond du fin fond du fin fond du trou du c... du monde civilisé, au milieu des sables mouvants, des crocos mangeurs d'hommes, des prêtresses vaudous avec ou sans bustier, d'adjointes à la main leste mais énergique (sic), d'handicapés tireurs d'élites, de nains sodom... OK, OK, pardon, j'arrête. Tout ça mâtiné d'un bon vieux relent de KKK (relents putrides comme il se doigte en ce cas-là (et là, j'ai honte mais je n'ai pas pu résister)). Vous l'aurez compris, c'est moche, très moche même, mais c'est plutôt bien foutu et ce que je reprochais au premier opus ci-avant décrit est absent ici, à savoir : Y'a une histoire AVEC des scènes gore dedans (alors que Greta a des scènes gore mais pas véritablement d'histoire autour (genre en soi, je le répète, qui a ses amateurs, j'en conviens volontiers, mais je trouve personnellement que l'un et l'autre reste plus agréable à lire que l'un sans l'autre... mais ceci est une affaire de goût, tout l’égout sont dans la nature et certains se jettent même dans la mer à ce qu'il paraît)). Reste le troisième et dernier opus de cette sélection. Alors, disons-le tout net et sans ambages, sous ses aspects plus «conventionnels voire convenables», notamment au niveau du style (on sent que l'auteur est le plus civilisé des trois camarades), il réserve quelques morceaux de bravoure qui n'en sont que plus affreux (car c'est bien connu, mieux vaut avoir le physique de Carole Bouquet si on veux choquer le notable en disant des choses horribles que de Josiane Balasko (ces deux noms étant bien évidemment cités au hasard le plus complet et mon admiration allant, à part égale, aussi bien vers l'une et que vers l'autre (Josiane, si tu nous écoutes !)). Bref, une histoire plus... enfin, je veux dire, moins... Mais jugez-en plutôt : une famille trouve refuge dans une ferme isolée. Là, vit une autre famille aux mœurs plus... enfin, je veux dire, moins... et dehors, il neige et il y a des loups. Voilà, le décor planté. Je vous laisse le soin d'imaginer ou mieux, de découvrir, la suite.

Titre : Greta / Auteur : Catherine Robert

Titre : Bayou / Auteur : Zaroff (dont c'est le second forfait dans la collection, le meilleur selon moi)

Titre : Pleine lune / Auteur : YNO (un pseudo, à n'en pas douter. A moins qu'il ne s'agisse de l'ancien coureur cycliste... ce dont je doute)

Et tout ça, bien évidemment, publié aux éditions TRASH (qui, comme leur nom l'indique, font dans la dentelle. Des histoires empruntes d'un bucolisme bienvenu, nappé d'un romantisme fleur bleue et de scènes champêtres touchantes, mêlant agréablement nymphettes ingénues et damoiseaux au regard de... en tout cas, on en aurait bien besoin. Hélas, ce n'est pas le cas. Et croyez bien que j'en suis le premier désolé).

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